32 CSM : « Ils ne nous briseront pas »

Martin Rafferty est le porte-parole du 32 County Sovereignty Movement. Il répond aux questions de Andrea Aska Varacalli.

Comment Marian Price se porte-t-elle?

Gerry, le mari de Marian, qui a pu lui rendre visite hier, a dit qu’elle tenait bon, mais qu’elle portait des marques de tension et de fatigue. Cela n’est guère surprenant, toutes les études montrent que l’isolement carcéral est la pire forme de torture en prison. Mais Marian est une personne forte, elle représente une inspiration pour nous tous, et nous savons que malgré tous leurs efforts, ils ne la briseront pas.

Les républicains sont descendus dans les rues dans toute l’Irlande, avec dignité et passion. Quelles sont les prochaines initiatives du mouvement de soutien pour la libération de Marian Price?

En ce moment, nous consacrons une grande partie de notre énergie à soutenir le mouvement de révolte à Maghaberry, mais nous allons y inclure le cas de Marian. Evidemment, je ne rentrerai pas trop dans les détails. Mais nous allons, en plus des manifestations et des affichages, mener d’autres actions.

Marian Price est la seule prisonnière dans une prison entièrement masculine, c’est un cas unique en Europe. Est-ce qu’il y aurait une jurisprudence sur laquelle s’appuyer, par exemple devant la cour européenne des droits de l’homme?

Si l’on compare avec la réponse donnée par Hillary Clinton, le gouvernement britannique et les dirigeants religieux, au cas de cette Iranienne incarcérée dans une prison d’hommes en Iran l’année dernière, j’imagine que, moralement, si ce n’est légalement, sa cause devrait être gagnée, je veux dire que c’est parfaitement indigne d’incarcérer une femme dans ces conditions. L’équipe d’avocats autour de Marian est en train de passer au crible la légalité des actions des Britanniques à son encontre. Pas seulement le fait de la détenir dans une prison d’hommes, mais aussi les circonstances de son arrestation et la suspension de sa remise de peine.

Marian a dit que « la politique actuelle de criminalisation de la lutte républicaine s’est intensifiée ces dernières années; et comme d’habitude, les prisonniers républicains dans la prison de Maghaberry sont au cœur de la cible. Cette politique est bien essayée, mais elle échouera ». Qu’en pensez-vous?

En 1981, Thatcher mena cette politique de criminalisation, impliquant que toutes les actions républicaines étaient définies comme des crimes et que nous autres républicains étions des criminels de droit commun. Cette politique échoua à l’époque, mais aujourd’hui les Britanniques considèrent qu’en enrôlant nos anciens camarades dans la campagne de criminalisation, ils réussiront là où Thatcher a échoué. Peu importe qui parle, que ce soit Thatcher, Cameron, Ford, McGuinness ou [Gerry] Kelly, car les républicains n’ont jamais été des criminels et il en va de même aujourd’hui. Tant qu’une partie de l’Irlande est occupée, il y aura des républicains pour s’y opposer, et étant donné que 75% des Irlandais ont voté pour une Irlande Unie [en 1918] et que les Britanniques ripostèrent en créant l’Etat des Six Comtés, il n’est pas étonnant qu’il y ait encore aujourd’hui des républicains prêts à arborer et défendre le droit du peuple irlandais à l’auto-détermination.

Sa remise de peine fut annulée malgré une grâce donné en 1981. Pensez-vous qu’il soit possible que cette grâce pour les offenses commises avant 1974 soit restaurée lors de l’audience du mois prochain?

Les signaux envoyés par l’Etat britannique en ce moment nous montrent qu’il emploie la peur et l’intimidation contre tous les républicains, qu’ils soient actifs ou inactifs. En ce qui concerne ces derniers, qui sont pour la plupart en remise de peine, avec des condamnations à de la prison à vie au-dessus de leurs têtes, ils sont ainsi avertis que s’ils reprennent d’une façon ou d’une autre leurs activités républicaines, leur remise de peine sera annulée. Dans ce contexte, les Britanniques feront tout pour garder Marian en prison. Non qu’elle soit une menace pour la société ou qu’elle participerait à des activités qui justifieraient le traitement qu’on lui fait subir, mais parce qu’elle sert d’avertissement pour les autres, pour qu’ils baissent la tête.

Où en est le combat pour la restauration du statut politique?

Tout comme en 1981, les Britanniques ont mal jaugé l’état d’esprit de la communauté républicaine. En 81, ils avaient cru les nationalistes constitutionnels et les sécurocrates qui leur disaient que le mouvement républicain étaient sur les rotules et presque vaincu. A ce moment, ils pensèrent que la politique de criminalisation lui donnerait le coup de grâce. Ils avaient tout faux, et aujourd’hui, tout comme en 81, on leur a dit que le mouvement républicain était presque vaincu, ce qui les pousse à reprendre la politique de criminalisation à l’intérieur des prisons et en dehors. Mais, au lieu de démoraliser et de briser le mouvement républicain, cela n’a fait, là encore, que le galvaniser et le stimuler.

Lors d’une commémoration récente, en l’honneur de Brendan Hughes, dans le comté de Louth, Martin Galvin a conjuré les républicains, tous les républicains d’aujourd’hui, de forger l’unité et la stratégie qui serait à même de faire à nouveau une percée et de faire reprendre le chemin de la lutte pour une Irlande libre et unie, celle pour laquelle « tant de Fenians impénitents et tant d’autres ont sacrifié tant de choses pour nous ». Est-ce que vous voyez aujourd’hui la possibilité de travailler d’une façon ou d’une autre avec Republican Network for Unity?

L’histoire de l’Irlande, et celle d’autres pays, nous montre que les Britanniques sont les spécialistes du ‘diviser pour régner’, et ils consacrent aujourd’hui beaucoup d’efforts pour appliquer cette tactique. En 1974, suite à la scission de Sinn Fein, il y avait des batailles de rues entre anciens camarades et des vies furent perdues. Les Britanniques et leurs agents ont tenté récemment de recréer ce type de situation, en faisant courir des contre-vérités et en tentant de fomenter des conflits entre différents groupes. Nous reconnaissons que nous combattons pour le même but et personne, que ce soit des Britanniques ou d’anciens camarades, ne nous manipulera en vue de nous faire nous battre les uns contre les autres. Nous sommes témoins d’une hémorragie dans les rangs de Sinn Fein [provisoire] et il n’est pas étonnant que beaucoup de gens ayant quitté le parti ne se sentent pas à l’aise à l’idée de rejoindre immédiatement d’autres groupes. Nous comprenons cela et nous le respectons, et nous pouvons travailler avec eux sur des sujets comme les prisons, ou d’autres encore. Nos relations de travail avec Republican Network for Unity sont bonnes, nous avons appris que si on impose à d’autres nos propres interprétations et positions sur certains sujets, alors nous resterons toujours divisés.

Croyez-vous en un référendum? Et dans la perspective d’un référendum sur l’unité nationale, quelle serait la stratégie républicaine?

A mon avis, on ne peut faire confiance ni au gouvernement britannique ni à celui du Free State en ce qui concerne un référendum en ce moment. Voyez le comportement du gouvernement irlandais face au traité de Maastricht, lorsque le référendum eut lieu mais qu’il ne donna pas la réponse attendue : ils déclenchèrent une campagne sournoise de mensonges et de menaces pour obtenir le résultat qu’ils voulaient. Je ne pense pas qu’ils aient une quelconque crédibilité pour organiser un référendum qui leur retirerait leurs postes bien payés, leur pouvoir et leur influence.

Certains républicains revendiquent une « parité dans les arrestations », suite aux dernières émeutes dans les quartiers loyalistes et républicains et suite à l’usage de balles en plastic en Angleterre, dans la lignée de la théorie du « 50-50 » qui peut être considérée comme l’épine dorsale du révisionnisme nationaliste. Au lendemain des émeutes d’Ardoyne, Nigel Doods, du parti Democratic Unionist Party (DUP) a qualifié de ‘républicains’ les gens qui s’opposaient à la marche orangiste dans leur quartier, alors que Sinn Fein [provisoire] les qualifiait de ‘bandits’. Quel est votre avis sur ces questions concernant le mouvement républicain au sens large? Quelles sont les différences entre nationaliste et républicain? A quel moment devient-on un bandit?

Au sujet des récents événements pendant la période des marches et des actions de la police, c’est un fait que les boniments restent des boniments, quelle que soit la façon dont on les enrobe. James Connolly a dit que tant que la question constitutionnelle ne serait pas résolue, il n’y aurait pas d’égalité. Que ce soit en matière de logement, d’emploi, de justice, ou pour tous les autres aspects d’une « société normale », rien ne sera réglé tant que l’interférence extérieure ne sera pas délogée. Dans les Six Comtés, le sectarisme, l’inégalité et l’injustice sont des symptômes du problème, non le problème lui-même. Les gens ont l’air d’oublier que le rôle de la police est de maintenir l’Etat et nous n’attendons d’eux rien d’autre que ce que nous avons vu pendant la période des marches. En ce qui concerne Kelly et Dodds, je dirai que tant qu’il y a des républicains, il y aura des gens pour essayer de les criminaliser. Michael Collins disait que De Valera était un républicain illégitime. De Valera disait la même chose de Tom Barry et Gerry Kelly fait la même accusation aux républicains d’aujourd’hui. Pour cacher le fait que Sinn Fein [provisoire] est devenu un parti nationaliste constitutionnel, ils doivent s’efforcer de discréditer les républicains qui s’opposent à la présence britannique, que ce soit à à Westminster ou à Stormont.

Il semble parfois qu’une guerre sourde se mène contre les républicains, et que ces derniers se font les protagonistes de leurs propres divisions. On a appelé ces divisions chroniques une ‘maladie irlandaise’. Il semble que les seuls qui pâtissent de cet enrôlement par les services de renseignement soient les républicains eux-mêmes. Est-ce qu’en ce moment, concernant la question irlandaise, il y a des montages tordus et des coups bas?

Les Britanniques ont toujours employé l’arme des mouchards non seulement pour rassembler des informations, mais aussi pour mener le mouvement républicain dans la direction qui leur convenait. On le voit aujourd’hui avec les cas de Stakeknife et de Denis Donaldson, ils ont perfectionné leur art et ils persévèrent dans leur stratégie. La construction récente du nouveau QG du MI5 près de Belfast (Hollywood) le montre bien. On estime qu’il y a des centaines d’agents en civil qui travaillent à recruter des mouchards. Moi-même, j’ai été approché trois fois dans la période récente, ils m’ont proposé de l’argent et ils ont fait des menaces sur ma vie et celle de ma famille pour que je devienne leur mouchard. Je suis sûr et certain que cette pratique est très répandue, et malheureusement quelques uns succombent aux menaces. J’ai passé trois ans en prison à cause d’un mouchard mercenaire de l’Etat et agent provocateur.

Pearse a dit : « Si nous combattons pour quelque chose qui soit plus grand ou plus petit que ce pour quoi ont combattu nos pères, ou bien ce sont eux qui n’ont pas combattu pour la liberté, ou bien ce sont nous qui ne combattons pas pour la liberté ». Martin Rafferty, qui porte aujourd’hui cet héritage?

Aujourd’hui, les républicains, quelle que soit l’organisation ou le groupe dans lequel ils militent, sont des républicains. Nous avons tous identifié le problème comme étant le même aujourd’hui qu’il y a cent ans, et jusqu’au jour où l’interférence étrangère est délogée de notre pays, les autres problèmes ne pourront pas être réglés. En tant que républicain, si tu crois cela, alors peu importe qui porte le message pourvu que l’idéal reste le même.

Voir : http://www.lesenfantsterribles.org/distretto-nord/martin-rafferty-they-will-not-break-us/2/

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2 commentaires pour 32 CSM : « Ils ne nous briseront pas »

  1. séb dit :

    united, united…
    est-ce une autocritique?

  2. Liam dit :

    Je ne sais qu’un peu dechiffrer l’Italien, mais la politique de ce site « LeS Enfants Terribles » me semble suspecte. regardez par exemple:

    http://www.lesenfantsterribles.org/arene/claudio-mutti-sugli-scritti-etnonazionalisti/

    Pour ce qui ne le connaissent pas, Claudio Mutti est le fondateur du Nazi-maoisme

    Des articles sur Julius Evola
    http://www.lesenfantsterribles.org/notturno-libri/origini-numero-monografico-su-evola/

    ou Ernst Junger

    http://www.lesenfantsterribles.org/derive-e-approdi/ernst-junger-un-profeta-contro-il-deserto-della-tecnocrazia/

    Un article pro-terrorisme noir des annees de plomp, pro – NAR

    http://www.lesenfantsterribles.org/sette-gennaio/nar-in-principio-era-lazione/

    Et une apologie de Alain de Benoist

    http://www.lesenfantsterribles.org/pro-loco/relazione-di-alain-de-benoist/

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