RSF : Discours à Bundoran

Tous les ans, RSF commémore les grévistes de la faim républicains à Bundoran dans le Donegal. Voici le discours principal de la cérémonie, prononcé par Fergal Moore.

A chairde,

Is mór an onóir dom a bheith anseo inniu i measc na poblachtaigh dílis chun cuimhneamh ar na laochra a thug a mbeatha do saoirse na hÉireann tríocha bliain ó shin. Bhí an t-am an Stailc Ocrais laethanta dorcha d’Éirinn ach cuimhnigh linn dóibh le mórtas.

Il est difficile de croire que trente ans ont passé depuis la grande Grève de la Faim, an Stailc Ocrais, à Long Kesh. Nous qui sommes assez âgés pour nous souvenir de cette époque, nous rappelons avec fierté comment une poignée d’hommes, revêtus de couvertures, se sont dressés contre la puissance de l’Empire britannique, avec leur volonté indomptable comme unique armement. Ces hommes courageux étaient nos camarades, et nous n’oublierons jamais qu’ils sont morts pour nous. Les jeunes générations ont été inspirées par leur grand sacrifice. Leurs noms et leurs actes survivent dans les poèmes et les chansons pour qu’ils ne soient jamais oubliés, et nous devrons toujours cultiver leur mémoire tant que la flamme de la liberté irlandaise brûle dans les cœurs des Irlandais et des Irlandaises.

La pratique de la grève de la faim a une longue tradition en Irlande, qui remonte à l’époque pré-chrétienne. Le but était de jeter l’opprobre sur l’auteur d’une injustice et de rendre justice au jeûneur. Les républicains irlandais ont mené des grèves de la faim depuis 1917. Thomas Ashe, homme du Kerry et commandant du Bataillon Fingal des Volontaires d’Irlande en 1916, avait commencé une grève de la faim en septembre 1917 pour réclamer un statut de prisonnier de guerre dans la prison de Montjoy. Il mourut à l’hôpital Mater après avoir été nourri de force par ses geôliers. En tout, ce sont 22 républicains irlandais qui sont morts de cette terrible façon.

La grève de la faim de 1981 avait été précédée d’une longue et lente préparation. Depuis cinq ans, les prisonniers de Long Kesh avait entamé la lutte « sous les couvertures », à partir du moment où Kieran Nugent avait dit aux matons qu’ils seraient forcés de lui clouer l’uniforme de prison sur le dos pour réussir à le lui faire porter. Pour les républicains, l’uniforme de prison est le symbole de la criminalité. Nous avons toujours refusé de laisser les Britanniques et nos autres ennemis qualifier d’action criminelle notre juste lutte pour la liberté de l’Irlande. Le combat pour la liberté de l’Irlande est noble, honorable et juste, c’est un impératif moral. C’est l’occupation ininterrompue de notre pays par une puissance impérialiste hostile qui est une action criminelle, et c’est notre devoir d’Irlandais et d’Irlandaises que de vaincre cette occupation, tout comme c’était le devoir des grévistes de la faim et des ‘hommes aux couvertures’ de refuser leur criminalisation.

Bobby Sands disait : « Nous refusons de gésir ici en plein déshonneur! Nous ne sommes pas des criminels, mais des Irlandais! Tel est le crime dont nous sommes accusés. » Pendant cinq années, la révolte dans les prisons s’est maintenue. Après la révolte des couverture [‘blanket protest’, les prisonniers refusent les uniformes et vivent nus sous les couvertures] est venue la révolte de la saleté [‘no wash protest’ – les prisonniers ne se lavent plus] qui commença à se faire connaître sous le nom de grève de l’hygiène [‘dirty protest’, les prisonniers tapissent les murs de leurs cellules de leurs excréments]. Et malgré tout, les prisonniers n’ont pas perdu pied. Après avoir vécu deux ans dans des conditions à ce point inhumaines, la révolte atteignit son pic avec la grève de la faim qui commença en 1980. Comme nous le savons tous, cette grève ne parvint pas à son but qui était de mettre fin à la politique britannique de criminalisation et de restaurer le statut de prisonnier de guerre. La grande grève de la faim qui débuta le premier mars 1981 ne fut déclenchée qu’une fois épuisées toutes les autres options possibles.

Alors que les prisonniers souffraient à l’intérieur des murs, nous autres, à l’extérieur, prenions les rues. Les Britanniques et les Free Staters nous cognaient dessus pour nous dégager des rues d’Irlande. On rapporte que le RUC a tiré 30.000 balles en plastic lors de la seule année 1981. Malgré ce niveau de répression, 100.000 personnes participèrent aux funérailles de Bobby Sands. Et lorsque la grève se termina, nous autres républicains pûmes dire que nous avions tout donné, que nous avions tout fait pour soutenir les prisonniers et leur noble cause.

Le soutien venait des quatre coins du monde, comme l’atteste la présence ici aujourd’hui de Bob Loughman et de nos camarades bretons.

Aujourd’hui, dans la prison de Maghaberry, les prisonniers républicains irlandais se voient refuser le statut de prisonnier politique qui avait été gagné si difficilement il y a 30 ans. Ils ne jouissent pas de la liberté d’association, leurs allers et venues sont strictement contrôlées et ils sont l’objet de fouilles corporelles régulières et brutales. Depuis l’accord de Stormont de 1998, les Britanniques et leurs alliés tentent de faire croire qu’il n’y a plus de prisonniers politiques. Et pire que cela, ils recommencent à qualifier de criminel quiconque prend les armes contre leur occupation. De façon écœurante, les serviteurs des Britanniques au parlement de Stormont, qui ont pour beaucoup construit leur renommée politique sur le dos des grévistes de la faim, répètent comme des perroquets ces mots trompeurs, ce qui fait qu’une fois encore les dirigeants de la soi-disante « Irlande nationaliste » prennent position aux côtés des Britanniques contre les vrais patriotes.

En 2010, les prisonniers républicains à Maghaberry ont lancé une révolte contre leurs conditions de détention, révolte qui dura presque 5 mois. Encore une fois, les républicains descendirent dans les rues pour les soutenir. La révolte prit fin seulement lorsqu’un accord fut négocié avec les autorités pénitentiaires, mais il s’avéra que les matons n’avaient aucune intention de respecter cet accord, ils voulaient simplement que la révolte s’arrête aussi vite que possible. Face à une telle intransigeance, les prisonniers conclurent qu’ils n’avaient pas d’autre option que de reprendre la révolte. Au mois de juillet, la révolte connut une escalade avec la reprise de la grève totale de l’hygiène [‘full dirty protest’]. Les prisonniers sont donc reclus dans leurs cellules, sans toilettes ni équipement pour se laver. De nouveau, ils sont forcés de répandre leurs excréments sur les murs de leurs cellules, comme devaient le faire les ‘hommes aux couvertures’ de Long Kesh.

En 1981, les prisonniers purent profiter d’un soutien étendu. Nous tous qui sommes ici et qui affirmons soutenir les grévistes de la faim, devons toujours nous souvenir de ces mots de Patsy O’Hara qui disait : « Quand nous serons partis, que direz-vous? Direz-vous que vous étiez avec nous dans notre lutte, ou bien que vous avez accepté ce système qui nous a conduit à mourir? » Et aujourd’hui, que direz-vous? Direz-vous que vous avez soutenu les prisonniers républicains d’aujourd’hui? Ou que vous soutenez les forces que les prisonniers affrontent chaque jour de leur vie?

Les forces qui se dressent contre nous sont légion, et la répression que nous endurons ne cesse de croître. Des anciens prisonniers condamnés à vie sont particulièrement visés s’ils ne ne conforment pas à la domination britannique en Irlande. Marian Price, qui a mené la grève de la faim et a subi la nutrition forcée, languit en prison, alors que ses frères d’armes des années 1970 touchent leur chèque de ministre du gouvernement britannique. Evidemment, la différence est que Marian n’a pas modifié sa ligne politique pour soutenir la domination britannique.

Brendan Lillis n’a pu être libéré de prison qu’après une longue campagne et qu’après que sa santé se fut dégradée au plus haut point. Nous adressons à Brendan nos meilleurs vœux en espérant qu’il se remette au plus vite chez lui, avec sa compagne Róisín à ses côtés.

Martin Corey de Lurgan est un autre prisonnier, autrefois condamné à de la prison à vie, qui a vu sa libération anticipée être annulée. Martin avait été libéré de Long Kesh en 1992 et avait vécu une vie normale à Lurgan jusqu’à son arrestation en avril 2010. On ne lui a donné aucune explication pour son arrestation, il a été mis au secret sur le caprice du Secrétaire d’Etat britannique. Pendant toute la révolte des prisonniers en 2010, Martin a exigé de nous que nous portions nos efforts dans la campagne pour les prisonniers de guerre, mais pas pour son cas personnel. Toutefois, le sort de Martin affecte beaucoup d’autres personnes et nous devons nous efforcer de le faire savoir.

En janvier de cette année, une manifestation pour Martin avait été tenue à Lurgan, dans sa ville. Elle fut bien suivie et bien connue. Par conséquent, les Britanniques ripostèrent et 15 personnes, dont le président de Republican Sinn Féin, vont passer en procès en septembre pour avoir participé à une manifestation pacifique protestant contre une injustice majeure. De preuves supplémentaires de cette répression se sont vues aujourd’hui, alors que nos porte-drapeaux ont été arrêtés sur la route par les Britanniques, et que des républicains ont été bloqués hors de Bundoran par les Free Staters. Mais ils ne perdent rien pour attendre  et ils regretteront d’avoir opprimé les républicains d’Irlande. Notre jour viendra camarades. Notre jour viendra.

Nous ne nous laisserons pas abattre par cette répression. Nous ne perdons pas pied. Nous avons traversé ce type d’épreuves dans le passé et nous les avons surmontées. Nous les surmonterons à nouveau. Il y a trente ans, dix courageux jeunes hommes ont donné leur vie pour la liberté de l’Irlande dans l’enfer de Long Kesh. Leur sacrifice nous rend plus forts et nous inspire. Nous nous souvenons d’eux avec fierté et tristesse, et nous ne pouvons rien faire d’autre que continuer la lutte avec le même esprit que celui qui était le leur. Jusqu’à la victoire finale camarades.

An Phoblacht Abú!

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Un commentaire pour RSF : Discours à Bundoran

  1. Séb dit :

    Patsy O’Hara, Marian price, Martin Corey, Brendan Lillis… l’union fait la force! 😉

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