Entretien avec un membre de Libération Irlande (2010)

Cette interview avec Georges, militant de LI, a paru l’année dernière dans la Cause du Peuple, le journal du FRAP. Elle a été reprise récemment sur le site Servir le Peuple et sur le site Feu de Prairie. Nous profitons de l’occasion pour les saluer et les remercier, eux et tous les autres bons camarades qui se reconnaîtront : nous sommes très heureux et profondément reconnaissants de votre écoute et de votre soutien, d’ailleurs nous ne pourrions pas exister sans vous, en vase clos. Nous re-publions donc l’interview ici, bien qu’elle soit un peu ancienne . N’hésitez pas à faire des remarques et des critiques.

Tu veux bien nous présenter le groupe dont tu fais partie, Libération Irlande?

Nous sommes un comité de soutien francophone à la révolution en Irlande, nous avons commencé il y a un peu plus d’un an en faisant un site internet, puis la sauce a bien pris et nous avons développé des contacts là-bas.

Maintenant, tu peux nous considérer comme un groupe activiste. Nous nous revendiquons principalement du communisme et de l’autonomie prolétarienne. Nous sommes très intéressés par toutes les expériences révolutionnaires, des mouvements de libération nationale en particulier. Notre philosophie peut se résumer à : on apprend en faisant.

Pourquoi l’Irlande, vous aviez une attirance spéciale?

Je te vois venir… Non, on ne cherche pas les leprechauns sous les arcs-en-ciel, on ne picole pas à la Saint Patrick, on n’est pas fans de ces trucs folkloriques commerciaux qu’on voit en France. Personnellement, j’aime beaucoup la musique et la littérature irlandaise, mais ce n’est pas le plus essentiel. Ce qui nous a intéressé, c’est de mieux connaître un mouvement révolutionnaire qui nous semblait vraiment ancré dans les masses populaires. La vérité, c’est que le petit groupe de camarades qui est à l’origine du groupe ont vu là-bas ce qu’ils ne voyaient pas encore ici, des révolutionnaires qui sont aussi des prolétaires, un peu l’antithèse de la gauche radicale purement intellectuelle de France, avec sa tendance à fuir le contact avec les masses et dans le pire des cas à se payer de mots.

Est-ce qu’il y a d’autres raisons qui vous ont poussé à monter votre groupe?

Oui, il y a le fait que nous voulons apprendre auprès des camarades irlandais tout un tas de choses qui concernent le processus révolutionnaire en général, et qui sont transposables en France. Par exemple la solidarité avec les prisonniers politiques, c’est quelque chose d’important là-bas. Avoir comme référence politique des camarades qui sont allés très loin dans l’affrontement avec l’Etat, c’est quelque chose qui permet d’élever le niveau de conscience et de lutte.

Il y a beaucoup de camarades en taule?

Oui, une bonne centaine, des deux côtés de la frontière. Il y en a un qui est emprisonné en Lituanie, un autre en France, à la Santé. Il s’appelle Kieron Doran, nous menons une campagne pour faire connaître sa situation.

Une question basique : qui sont les républicains irlandais? Qu’est-ce que ça veut dire être républicain en Irlande?

Alors pour résumer, je te dirai que c’est le contraire d’être républicain en France. Ici, ceux qui mettent en avant la république, ce sont les flics et les profs, c’est l’idéologie de l’Etat bourgeois. En Irlande, c’est une idéologie révolutionnaire anti-coloniale, un truc qui vient du peuple, qui cherche la confrontation avec l’Etat et les institutions. Les républicains sont ceux qui se revendiquent de Wolfe Tone, un protestant de l’époque de la révolution bourgeoise en France, qui a voulu faire pareil en Irlande et chasser le colonialisme anglais, les nobles propriétaire terriens et bien sûr la monarchie. La base de l’idéologie, c’est la démocratie, le pouvoir pour tout le monde, protestant et catholique et autres.
Rien que ça, c’est révolutionnaire là-bas, il y a des aspects très médiévaux en Irlande. Avec le développement de la classe ouvrière au 20è siècle, le républicanisme a évolué, en incorporant les besoins et les exigences de la classe ouvrière. D’ailleurs, l’IRA vient de l’insurrection de 1916 à Dublin, où il y a eu la fusion d’une milice ouvrière et des détachements armés patriotes qui avaient une idéologie nationaliste petite-bourgeoise. Donc les républicains aujourd’hui se disent socialistes, ils se définissent comme un mouvement de libération national.

Je pensais que l’IRA avait arrêté, tu peux nous en dire plus?

Oui, il y a eu des accords de paix il y a douze ans. Le groupe principal, l’IRA provisoire a capitulé, sans avoir obtenu quoi que ce soit : ni le retrait britannique, ni évidemment le socialisme. Aujourd’hui ils se sont entièrement vendus. Par exemple ce sont eux, les provos comme on dit, qui tiennent une grande partie des postes au Nord, en accord et collaboration avec l’Etat britannique. Ils sont devenus les sous-traitants de la domination britannique, qui a réussi un coup très fort en gagnant la paix sociale en achetant une partie des républicains.
Et aussi, en prévoyant les changements démographiques en faveur des catholiques dans le Nord, l’impérialisme anglais a bien voulu changer son fusil d’épaule et s’appuyer sur la nouvelle bourgeoisie catholique qu’il a contribué à fabriquer, alors qu’avant, tout l’Etat du Nord était tenu par la bourgeoisie protestante. Il y a aussi un autre énorme reproche que les révolutionnaires font aux réformistes, c’est qu’ils ont accepté et officialisé le principe de l’apartheid entre catholiques et protestants, ils ont cimenté la paix avec des murs qui séparent les quartiers et les esprits des gens. Donc c’est une fausse paix et une vraie trahison des principes de leur idéologie.

Je vois mieux, mais il y en a d’autres qui continuent la lutte armée?

Oui, ils sont petits mais décidés, disons que c’est la fin d’un cycle et le début d’un autre. Les groupes politiques républicains authentiques sont très progressistes, je pense que l’expérience de la normalisation, de l’embourgeoisement et de la capitulation des provisoires a été une leçon gigantesque pour eux, un grand exemple négatif de ce que donne la capitulation avec l’impérialisme et la social-démocratie. La capitulation avec le sectarisme aussi, je veux dire la division du peuple sur une base confessionnelle. Je suis sûr que cette défaite n’est qu’un détour qu’ils vont dépasser.

Très bien, mais je voudrais savoir quelles sont les perspectives de cette lutte armée? Le combat ne concerne que le Nord occupé? Le but c’est seulement de foutre l’Etat anglais dehors? Regarde la crise de l’Etat au sud, qu’en disent les républicains?

Tu poses la question la plus importante, la crise de l’Etat du Sud est terrible, l’Etat est en faillite, il ne va jamais pouvoir rembourser la dette et les intérêts, le FMI va imposer des plans de rigueur monstrueux pour le prolétariat et les masses en général, avec tous les sous-produits qui vont avec : l’émigration, l’endettement, le chômage, la dope, les anti-dépresseurs : bref la crise générale dans toute sa splendeur. La seule porte de sortie, c’est la révolution sociale. Les organisations républicaines ont un certain retard là-dessus, elles doivent voir plus loin que le pur et simple slogan « brits out! », le slogan de la réunification. Elles doivent assumer la révolution sociale dans le sud aussi, c’est vital, sinon elles sont cuites. Les derniers congrès des deux organisations principales, Republican Sinn Féin et 32 County Sovereignty Movement vont dans ce sens à mon avis. Je ne pense pas exagérer en disant qu’en Irlande, les seules forces révolutionnaires sont les républicains, les autres font de l’économisme et ne mettent pas l’Etat en question. En ce qui concerne les action armées, elles ne frappent que des cibles militaires et policières, des banques aussi, dans le Nord occupé.

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Un commentaire pour Entretien avec un membre de Libération Irlande (2010)

  1. feudeprairie dit :

    Merci à vous surtout pour votre boulot formidable (avec la production d’articles qui a reprise).
    Et aussi d’avoir publié notre visuel! Bonne continuation

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