WSM : Londres brûle – causes et conséquences des émeutes, une perspective anarchiste (deuxième partie)

Suite et fin de la traduction de ce document remarquable des anarchistes irlandais du WSM.

Comment racisme et pauvreté s’entrecroisent

Alex Carver, témoin des émeutes a expliqué ceci, dans une interview donnée à wsm.ie : « On éreinte encore et toujours la police pour son racisme, qui doit être endémique dans cette institution, vu les chiffres des contrôles d’identité et de la population carcérale. Mais si elle avait pu faire quelque chose à ce sujet, elle l’aurait fait. Je pense que le fait d’exiger un changement dans ces chiffres n’est qu’une mascarade politicienne pour embrouiller un problème qui est directement un problème de classe et de pauvreté. Les zones géographiques d’où viennent la population carcérale et les gamins qui se prennent des contrôles d’identité à tout bout de champ, ce sont les quartiers pauvres, abandonnés par la classe politique, dont les besoins ne sont pas satisfaits par l’économie. »

Si cette analyse est juste, le racisme structurel est une conséquence imparable du système capitaliste qui a piégé une grande proportion des minorités ethniques dans la pauvreté et l’exclusion. Une confirmation éloquente de cette thèse, selon laquelle la pauvreté et l’exclusion sont les causes des émeutes, c’est sa réfutation débitée à longueur de temps, fondée sur des exemples d’individus qui ont réussi à se sortir de ce piège. Dans cette phase du capitalisme, où la crise aboutit à des saignées dans les aides sociales, la seule ‘solution’ proposée, c’est la fuite individuelle, accouplée à des appels de plus en plus furieux à une discipline imposée de l’extérieur. Nous ne voulons pas dire par là qu’il ne faut pas combattre le racisme institutionnel, mais tirer au clair le fait que, dans une période de crise comme la nôtre, ce combat ne peut pas être gagné, parce que les conditions re-créerons continuellement ce racisme.

Une bonne preuve de cela peut être trouvée aux USA, où, après les victoires des mouvements pour les droits civils, les villes majoritairement noires (ou hispaniques) se dotèrent de forces de police et de conseils municipaux majoritairement noirs (ou hispaniques). Or, dans ces villes, telles Atlanta, Detroit, El Paso, Miami et Washington, les victimes de la violence policière proviennent très largement des populations noires et hispaniques. Le chercheur Ronald Weitzer, a expliqué dans son article “Can the police be reformed?” [« peut-on réformer la police? »] la chose suivante : « Bien que les études d’Etat montrent que les policiers noirs sont plus disposés que leurs alter-égos blancs à admettre que la police traite les minorités et les pauvres moins bien que les Blancs et les bourgeois, la plupart des recherches montrent pourtant que les policiers noirs et blancs diffèrent fort peu lorsqu’il s’agit de leur action concrète face aux citoyens. Quand ils passent à la pratique, les policiers sont principalement « bleus », non pas noirs, bruns ou blancs.

Qui a pris part aux émeutes?

Contre l’idée selon laquelle le racisme a été le seul ou le principal motif du mouvement émeutier après la première nuit, l’argument-massue a consisté à montrer que beaucoup d’émeutiers étaient blancs. En soi, cela ne démontre rien, car dans les prétendues émeutes raciales des années 1980, beaucoup de Blancs avaient décidé d’aller affronter la police aux côtés des minorités ethniques, cibles directes du racisme policier, dans un geste de solidarité politique. Mais aller piller un magasin Curry [un équivalent de Darty en plus petit] n’a rien à voir avec la solidarité, mais avec un intérêt commun. Les nombreuses photos de pillards, ainsi que les témoignages oculaires des participants, font état de foules multi-ethniques.

Le premier procès a confirmé cela. Le Telegraph a rapporté que parmi ceux qui étaient mis en examen, « seuls quelques uns n’avaient pas de casier. Beaucoup semblaient être des criminels professionnels. La plupart étaient des adolescents ou avaient une vingtaine d’années, mais un nombre étonnant d’entre eux étaient plus âgés. Le plus intéressant, c’est que la grande majorité était blanche, et beaucoup avaient un emploi. » Parmi eux, un ouvrier du bâtiment, un postier, et un agent de l’éducation nationale gagnant 1.000 £ par mois. Le Torygraph [jeu de mots sur Telegraph, journal réac] glisse savamment sur cette liste d’emplois souvent mal payés et précaires pour se focaliser sur une des personnes attrapées, qu’il isole du lot : « Laura Johnson, 19 ans, fille de son père, riche PDG ».

Parmi les premières personnes emprisonnées à Manchester (photo au dessus), il y avait un employé de call-center et un ouvrier dans une usine de biscuits. Dans une autre fournée de condamnés, se trouvent un chef cuisinier au chômage et un coiffeur stagiaire. Un SDF accusé d’avoir volé de la nourriture a été mis en prison préventive, et un homme « qui a proféré des jurons devant les policiers et qui s’est battu avec eux a été soupçonné d’émeute, vu qu’il portait des habits noirs à capuche et conduisait un vélo » en a pris pour 10 semaines. Pendant ce temps-là, à Londres, un étudiant a pris 6 mois pour un vol de bouteille d’eau.

En somme, le tableau qui émerge des arrestations nous montre que ces personnes ont en commun d’être au chômage ou mal payés, et si ce sont des adolescents, de venir de familles qui vivent cette condition. Quand la police prend les trognes des gens en photo, elle ne fait pas de cadeau, mais il n’en reste pas moins que beaucoup de visages marqués que l’on voit dans les journaux ne mentent pas et disent leur propre histoire, une histoire de douleur, de pauvreté et d’exclusion. Le Sun s’est plu à comparer un homme au personnage de Frank Gallagher de la série télévisée Shameless, mais on pourrait trouver facilement ces spécimens d’humanité dans une autre galerie, celle des politiciens dorlotés et bien nourris et des hommes d’affaire. Et le SDF susmentionné détenu pour vol de nourriture n’était pas seul : une jeune fille de 17 ans a reconnu avoir rempli des sacs de nourriture dans une boulangerie. Une grande proportion des accusés n’a fait que voler de l’alcool et-ou des cigarettes.

Il y a bien sûr des exceptions, comme cette Laura susmentionnée, mais le gros des emprisonnés au lendemain des émeutes sont pauvres et viennent de tous les groupes ethniques, avec sur-représentation des minorités, sûrement à cause de l’emplacement géographique des émeutes, de la sur-représentation massive des minorités dans la tranche des 10% les plus pauvres, et probablement aussi en raison de la présence d’une bonne vieille louchée de racisme policier.

Tensions inter-communautaires, boutiquiers, classe et groupes d’auto-défense

Lorsqu’on examine le lien entre race et émeute, un facteur perturbant apparaît : le conflit potentiel entre les émeutiers et les divers groupes ethniques qui ont formé des escouades d’auto-défense. A Birmingham, cela a abouti tragiquement à la mort de trois membres d’une escouade informelle de ce genre. Si les émeutiers étaient en général multi-ethniques, ces escouades étaient souvent mono-ethniques et dirigées par les boutiquiers du coin.

La stratégie policière à Londres pendant les émeutes semble avoir été d’abandonner provisoirement les quartiers pauvres pour y contenir l’émeute et protéger la city [quartier d’affaires] et West End, où se trouvent la véritable richesse. Tenter d’aller à West End, tel est l’objectif traditionnel de la plupart des émeutes politiques londoniennes, mais bien qu’à Birmingham les émeutiers aient ciblé des boutiques de luxe du centre-ville, à Londres le mouvement émeutier a été presque totalement confiné dans les quartiers pauvres où vivent les émeutiers.

Le Daily News de Londres a cité un membre dirigeant des escouades du quartier de Green Lanes disant : « Nous n’avons aucune confiance en la police locale, nos commerces sont les prochains sur la liste des bandits qui ont mis à sac Tottenham, nous protègerons notre propriété. »

Le Guardian a lui aussi interviewé un de ceux-là, Yilmaz Karagoz, propriétaire d’un café : « Il y en avait un paquet. Nous sommes sortis de nos commerces, mais la police nous a dit de ne rien faire. Mais la police elle non plus n’a rien fait, donc, comme il en venait de plus en plus, nous avons dû les chasser nous-mêmes. » Quant aux employés d’un certain kébab, ils ont couru droit sur les assaillants, couteaux à viande à la main. « Je ne crois pas qu’ils reviendront de si tôt. »

Voilà en partie un reflet des tensions de classe où, comme pendant les émeutes de Los Angeles [en 1992], se distinguent d’une part des petits-bourgeois travaillant dur, relativement pauvres, issus d’un même groupe ethnique et qui possèdent les boutiques du coin, et d’autre part la majorité, issue d’un autre groupe ethnique. S’il s’agit certes de tensions de classe, d’un point de vue anarchiste, ce n’en sont pas d’utiles, loin de là. Les batailles locales entre ouvriers pauvres et petits-bourgeois pauvres ne servent qu’à renforcer et protéger la domination de ceux qui sont les véritables riches, et mènent les travailleurs de ces groupes ethniques-là à faire cause commune avec leurs patrons.

L’enquête du Guardian établit que les travailleurs turcs et kurdes ont fait cause commune avec leurs patrons en défendant les locaux où ils travaillaient. Karagoz donne un aperçu de cette façon de penser : « Nous avons des commerces et nous y travaillons dur. En tant que parents, nous voulons que nos enfants travaillent, gagnent de l’argent et soient capables de s’acheter ce qu’ils veulent, pas de le voler. Nos jeunes savent que nous aurions honte d’eux s’ils faisaient ce genre de choses ». Cette alternative est identique à celle que proposent les Tories [le parti conservateur].

Toutefois, cette perspective n’est pas sans opposants. Des militants des communautés turques et kurdes ont fait une conférence de presse le 10 août à Green Lanes, au nom de « neuf groupes de bienfaisance différents qui soutiennent les membres des communautés turques et kurdes », pendant laquelle ils ont condamné la police et les médias dominants. Ils ont en particulier pointé l’utilisation goguenarde par la BBC d’une interview de Darcus Howe [ancien membre des Black Panthers britannique, aujourd’hui publiciste connu]. Ils ont accusé la police d’avoir cherché à susciter des troubles entre communautés turques et kurdes d’une part et « jeunes Noirs qui se soulèvent pour combattre la police » d’autre part.

La situation semble avoir été la même dans le quartier de Southall. La BBC cite Satjinder Singh, membre de la communauté Sikh : « Nous commencions à recevoir des textos nous indiquant qu’il était hautement probable que les pillards attaqueraient Southall à cause du grand nombre de bijouteries qui s’y trouvent et du fait que celles-ci soient proches du temple Sikh et d’autre lieux de culte. Les Sikhs se sont dit qu’il fallait protéger leurs lieux de culte. » Dans une interview télévisée, un membre du comité d’organisation [des groupes d’auto-défense locaux] a dit qu’ils protégeaient tout Southall et qu’ils avaient avec eux des musulmans, des chrétiens et des hindous.

Le caractère interclassiste des groupes d’auto-défense, qui unissaient les employés et les employeurs sur des bases communautaires, devrait donner à réfléchir à ceux qui, dans la gauche, ont défendu de façon acritique cette position, faisant de la surenchère pour mieux se dissocier des émeutes. De son côté, USDAW, le syndicat des employés du petit commerce, a sorti une déclaration appelant ses membres à « ne pas se mettre physiquement en danger en empêchant le vol à l’étalage, le pillage ou les attaques contre la propriété ». Mais, de même qu’avec les émeutiers, c’est une erreur de ne rechercher qu’un seul aspect, bon ou mauvais, et le confondre avec le phénomène tout entier. L’une et l’autre partie sont des produits d’une même situation économique et politique, qui contiennent des éléments sur lesquels nous pouvons faire fond, mais aussi des éléments qui doivent être combattus.

Divagation de l’extrême-droite

Les exemples que nous venons de citer concernent des groupes des minorités ethniques qui s’opposent aux émeutiers pour défendre leurs locaux. Cela peut déboucher ou pas sur des tensions à long terme, mais ce qui est infiniment plus préoccupant, c’est que la English Defence League (EDL), organisation raciste, a pu tirer parti de la vague de peur pour mobiliser ce qui semble être des groupes entièrement blancs. A Eltham, le Guardian a cité un homme qui déclarait : « Ceci est un quartier populaire blanc et nous sommes là pour protéger notre communauté. » Toutefois, la capacité de l’EDL ou du British National Party (BNP) à convaincre une partie importante du public de son rôle de protecteur est sans doute limitée, car cela vient très peu de temps après le forfait d’Anders Behring Breivik, lié à l’EDL, qui a massacré tant d’enfants sans défense en Norvège.

L’extrême-droite va continuer à divaguer sur le fait que c’est le début de la guerre des races qu’elle appelle de ses vœux depuis longtemps, mais la réalité est que les émeutiers semblent avoir été d’origines assez mélangées, unis par la pauvreté et l’exclusion plus que par la race. Qui plus est, ces deux groupes d’extrême-droite doivent se trouver un peu coincés aux entournures, eux qui avaient déclaré récemment : « Les Noirs britanniques sont OK, ce sont les Musulmans britanniques que nous détestons. » Avec des Musulmans britanniques qui se retrouvent aux avant-postes des escouades de défense locales anti-émeute, et une émeute qui se déclenche lors d’une manifestation de protestation contre le meurtre d’un Noir britannique, les bases de l’extrême-droite doivent être en proie à une confusion certaine.

Une chose beaucoup plus préoccupante est la mort tragique de trois Asiatiques britanniques dans le quartier de Winston Green à Birmingham, qui se sont apparemment faits renverser par un groupe d’Afro-caribéens britanniques qui faisaient partie d’un convoi de quatre voitures soupçonné d’aller mener des pillages dans ce quartier, pour la défense duquel 80 Asiatiques, dit-on, s’étaient mobilisés. Ceux qui étaient présents sur place ont dit au Guardian que la police leur avait auparavant dit de monter eux-mêmes la garde près de leurs commerces, puisque « les policiers étaient trop occupés à veiller aux endroits importants du centre-ville, préférant pourchasser l’émeute toute la nuit plutôt que de se faire du mauvais sang. »

Il est probable que ce sont les appels au calme des parents des tués qui ont empêché le déchaînement d’une bataille inter-communautaire dans la zone. En outre, il y eut la décision de tenir une assemblée de quartier, lors de laquelle, selon le Guardian : « 300 Musulmans et Sikhs se sont réunis pour débattre de la façon dont ils devaient répondre à cette tragédie. »

Le côté négatif de la spontanéité

La nature spontanée des émeutes, n’ayant pas d’organisation politique informelle en son sein, ni de formelle cela va sans dire, explique la nature fortuite et contre-productive de beaucoup de pillages et d’incendies. Cela ne doit pas être minimisé, quatre personnes ont été semble-t-il tuées par des émeutiers parce qu’elles défendaient des aménagements ou des commerces locaux.

A moins qu’il y ait un contexte particulier que nous ignorons, le pillage et l’incendie d’une boulangerie de quartier ou le pillage d’un fleuriste à son compte n’a aucun sens, si ce n’est que dans un flux d’adrénaline tout a l’air de ressembler à une cible. Sous cet angle, les émeutes de Londres ressemblent plus aux émeutes de Los Angeles de 1992 qu’aux émeutes des années 1980, ou bien sûr aux émeutes estudiantines de l’année dernière, pendant lesquelles les attaques d’édifices semblaient soigneusement choisies. Évidemment, la couverture médiatique a mis l’accent sur ces attaques-là. L’histoire de l’incendie d’un salon de coiffure tenu par un homme de 81 ans a plus d’intérêt sensible immédiat que le pillage d’une succursale de la chaîne Curry ou Footlocker. Mais les comptes-rendus des procès, ainsi que les témoignages oculaires suggèrent que le pillage des chaînes a été de beaucoup plus répandu.

Il n’est pas rare dans les émeutes que des individus ou des groupes dans la furie de l’extase perdent la tête et se mettent à viser tout type de choses. Mais dans des situations politiques conscientes, ce type de comportement est rapidement arrêté par d’autres émeutiers, qui ont leur mot à dire. Il n’est pas rare, au lendemain de ce genre d’émeutes, que des enseignes McDonalds ou Starbucks ou des galeries d’exposition de voitures neuves soient complètement retournées et vandalisées, alors que le marchand de journaux et le café au milieu soient laissés quasi intacts.

A certains endroits, il semble que cela se soit passé ainsi. Un anarchiste a dit qu’à Brixton, sauf une exception, un café portugais, chaque cible était une succursale d’une grande chaîne. » Quand nous avons interviewé Alex, témoin des émeutes d’Hackney, il nous a raconté que lorsqu’il est entré avec un ami dans une boutique pour éteindre un feu, « personne ne nous en a empêché, beaucoup de gens dans la foule ont couru nous aider, un peu comme s’ils revenaient à eux. »

Nous avons tous entendu ces commentaires : « Ils devraient se trouver un travail au lieu de tenter de piquer une paire de baskets de chez Footlocker, ou d’arracher cet écran plasma cloué au mur du magasin. » Dans le petit monde des usagers de Twitter, on en rajoute une couche : « Je pourrai comprendre qu’ils volent un sac de riz, mais ils volent des ordinateurs portables. » Non, les émeutes ne marchent pas comme ça. Si vous créez une société qui est largement basée sur la consommation, vous ne devriez pas être surpris que des gamins de 14 ans saisissent leur chance d’avoir une nouvelle paire de baskets. Ce qu’il faut voir, ce n’est pas la nature de l’émeute, mais pourquoi elle a lieu.

En 2009 est sorti le livre intitulé : ‘The Spirit Level: Why More Equal Societies Almost Always Do Better’ [‘Le Niveau de l’Esprit : pourquoi les sociétés où il y a plus d’égalité réussissent presque toujours mieux’]. Ses auteurs, Richard G. Wilkinson et Kate Pickett ont démontré, arguments et statistique à l’appui, que dans les sociétés fortement inégalitaires, se produisent les phénomènes suivants : érosion de la confiance, anxiété et maladies croissantes, consommation excessive accompagnée de récompense. Les onze domaines qui sont passés en revue montrent tous des résultats plus mauvais dans les sociétés les plus inégalitaires, que ce soit en matière de santé physique, de santé mentale, d’abus de drogues, d’éducation, d’incarcération, d’obésité, de mobilité sociale, de relations de confiance et de vie communautaire [en français, on dira « d’immeuble », « de village », « de quartier »], de violence, de grossesses précoces et de bien-être infantile. Bref, le sous-titre « pourquoi les sociétés où il y a plus d’égalité réussissent presque toujours mieux », résume bien l’argumentation.

La politique de la peur

Les comptes-rendus dont nous avons eu connaissance sur l’implication anarchiste dans le mouvement émeutier montrent des efforts menés pour faire cesser la destruction de boutiques locales, efforts qui semblent cependant assez localisé. D’autres comptes-rendus que nous avons reçus montrent un tableau assez différent de celui qui a été brossé par les médias dominants : des foules ensauvagées attaquant à vue n’importe qui et n’importe quoi. Au contraire, il nous a été rapporté que les passants et les badauds étaient en général ignorés. Il y a clairement des exceptions (il y a sur youtube des scènes d’agression filmées), mais étant donné que des dizaines de milliers de personnes ont été impliquées dans les émeutes et les pillages, il semble que ces incidents aient été l’exception et non la règle, mais ces exceptions sont utilisées pour propager la peur et la panique.

Nous n’avons aucune objection quant au fait de piller des succursales de chaînes comme Curry ou Footlocker pendant des émeutes, mais nous ne sommes pas disposés à applaudir à cela comme si c’était grandiose. Ce qui est plus dangereux, ce sont les incendies. Ils peuvent déboucher sur des drames s’il y a des gens dans les immeubles en feu, ou lorsque le feu prend dans les immeubles à-côté. L’année dernière en Grèce, trois employés de banque sont morts dans ce genre d’incendie, et à part la tragédie que leur mort représente, cela a eu un effet massivement démobilisateur sur le mouvement.

Alex, que nous avons interviewé, est allé voir les émeutes vêtu de son costume de travail. La plupart des médias sensationnalistes nous font croire qu’il aurait forcément dû être pris à partie et agressé, mais, tout en faisant remarquer qu’il n’en va pas de même partout, Alex nous dit : « Les kids volaient dans les magasins parce que c’est là qu’on trouve ce qu’on cherche. Ils attaquaient les flics parce qu’ils allaient les arrêter. C’était simultané, il n’y avait pas deux groupes de gens, les uns là pour casser du flic, les autres là pour la fauche, non, c’était un seul groupe de gens, en général jeunes. Ils ne s’attaquaient pas les uns les autres, ni ne se violaient, ni ne s’agressaient. J’ai pu déambuler librement parmi eux dans mon costume réglementaire de travail, belle chemise, beau pantalon; beaucoup de gens qui visiblement ne participaient pas à l’émeute marchaient dans la foule sans se cacher, certains ont dit que plus tard l’ambiance avait changé, mais moi j’y suis resté avec un ami, qui lui non plus n’était pas habillé en tenue ad hoc, jusque tard après minuit. »

Voilà un tableau bien différent ce celui qui a été brossé par les médias ou par la vague de spéculations frénétiques qui se donnaient libre cours sur Twitter pendant les émeutes. Dans les deux cas, on parlait de foules ensauvagées vadrouillant dans les rues et attaquant à vue n’importe qui et n’importe quoi. Ces spéculations sur fond de peur étaient agrémentées de termes comme « engeance », « vermine », « rats », destinés à déshumaniser les émeutiers et les jeter en pâture à la répression.

Conséquences de l’‘engeance’

Cette histoire de foule ensauvagée [‘feral mob’] est une botte médiatique standard employée dès qu’il y a une rupture un peu massive avec l’ordre établi. Quant à ceux qui choisissent d’accepter et de répéter ce genre d’histoires, ils portent une lourde responsabilité, parce que la peur qu’elles suscitent crée une atmosphère favorable à la répression la plus extrême de la part de la police.

Au lendemain du passage de l’ouragan Katrina, des histoires horrifiques ont été colportées et largement acceptées, parlant de violences collectives à la Nouvelle Orléans, qui provoquèrent un climat tel qu’il permit à la police de tirer sur des Noirs qui tentaient de fuir la ville; l’exemple le plus connu étant celui du pont de Danziger où cinq membres d’une même famille qui essayaient de passer le pont reçurent des coups de feu, faisant un mort et blessant un homme de 40 ans, handicapé mental. Après coup, il s’est avéré que la plupart de ces récits étaient mensongers, mais les trois morts n’ont pas été considérées comme des meurtres et, le 11 septembre 2005, le chef de la police de la Nouvelle Orléans a reconnu qu’il n’y avait « aucun rapport de police confirmant des crimes sexuels. »

Les médias, les faux savants et autres vrais charlatans ont tout fait pour avancer l’idée que les gens qui ont participé aux émeutes ne sont que des bandits et des criminels, dans l’intention de les déshumaniser. C’est un phénomène dangereux : une fois les émeutiers transformés en sous-hommes dans la conscience publique, la possibilité de nouveaux niveaux de répression est grande ouverte.

Les conséquences sont visibles dans les résultats d’un sondage YouGov mené pour le compte du Sun. 33% des sondés sont d’avis que « la police devrait être autorisée à utiliser des armes à feu et des balles réelles », et le soutien pour des options ‘moins létales’ était encore plus élevé : « sur 10 personnes ayant accepté de répondre au sondage, 9 pensaient que la police devrait être autorisée à utiliser des canons à eau dans la répression des émeutes. L’idée d’employer d’autres tactiques est aussi très populaire : la police montée (84%), le couvre-feu (82%), les gaz lacrymogènes (78%), le taser (72%) et les balles en plastic (65%), tous ces moyens jouissent du soutien de la grande majorité. »

L’idiotie de tout cela apparaît dans toute sa splendeur quand on se souvient que le déclencheur de ces émeutes a été le meurtre par la police de Mark Duggan. Apparemment, la solution de la violence policière meurtrière, c’est davantage de violence policière meurtrière. « Solution » qui bien sûr, engendrera de nouvelles vagues d’émeutes, comme cela s’est produit sous Thatcher dans les années 1980.

Cette déshumanisation a eu d’autres conséquences. Avec 1.500 arrestations, il est évident qu’un grand nombre de gens va être emprisonné par un Etat anxieux de rétablir son autorité. Les premiers procès ont été clairs en ce sens : les juges prennent très au sérieux leur rôle de défenseurs du capitalisme et de l’Etat. Des condamnations d’une lourdeur démentielle sont tombées, comme celle de cette femme de 22 ans qui a pris 6 mois de prison pour le vol de 10 paquets de chewing gums.

En outre, la police va recevoir des pouvoirs supplémentaires et on peut augurer qu’elle ira plus loin dans le contrôle de l’espace public. On parle déjà d’expulser de leur logis les condamnés qui sont locataires d’appartements possédés par les municipalités, et de couper toute aide sociale qu’ils solliciteraient. Les premiers avis d’expulsion ont été enregistrés à Clapham, contre un locataire dont le fils a été condamné pour participation à émeute. Même d’un point de vue de droite, c’est de la folie pure, comment peut-on attendre d’un ex-prisonnier SDF et sans revenu qu’il gagne sa vie? A quel point d’aliénation une personne dans cette situation pourrait-elle se sentir au milieu du reste de la société?

Et qu’arrivera-t-il lorsque dans quelques mois, des centaines d’entre eux seront relâchés mais se retrouveront sans logis, sans ressources, et dans l’impossibilité de trouver du travail? L’Etat s’imagine pouvoir faire abstraction de ces problèmes puisqu’une partie si importante de la population a rejoint le chœur de la déshumanisation des émeutiers. La conséquence sera immanquablement une exclusion et un ressentiment encore plus profonds, et, avec de telles réponses, la réplique sera un mouvement de destruction encore plus indiscriminé.

Les émeutes sont souvent contradictoires

Tout le monde a son opinion sur les émeutes, et il est frappant de voir à quel point ceux qui ont pris parti pour les émeutes et même l’insurrection, dans un passé lointain et pas si lointain, ne cherchent qu’à déshumaniser ceux qui font des émeutes dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui. Comme nous l’avons vu, des problèmes extrêmement sérieux se sont posés quant à la conduite de certains émeutiers. Mais ces problèmes, qui sont sans doute pires cette fois-ci que dans les émeutes passées, ne sont rien de nouveau. Par nature, les émeutes spontanées de masses englobent toujours des éléments variés. Il y avait parmi les émeutiers londoniens des gangsters et des opportunistes anti-sociaux profitant de l’émeute comme couverture pour attaquer les plus faibles. C’est un aspect fréquent dans les émeutes, et c’est la faiblesse de la présence politique formelle ou informelle qui a permis à ces éléments de s’en tirer à bon compte.

La réalité, c’est que les émeutes sont souvent des expressions indiscriminées de colère. Les gens sont assez conscients pour savoir qu’ils n’ont pas leur part dans la société telle qu’elle est. Ils ont expérimenté la pauvreté inter-générationnelle et le manque d’opportunités. Ce qu’ont vécu leurs ascendants, ils le vivent eux aussi. La mobilité sociale est un mythe que plus personne ne prend au sérieux, c’est l’équivalent capitaliste de la jarre d’or qui se tient au pied des arcs-en-ciel. Les dés du jeu sont pipés et ils finissent toujours perdants. Le système politique n’accueille pas et n’écoute pas les gens qui font des émeutes. D’ailleurs personne ne les écoute, personne ne parle en leur nom, et personne ne cherche à investir dans leur avenir. Quand on ne voit pas d’avenir pour soi-même, quand on n’a vu aucun avenir se matérialiser pour nos parents et grands-parents, incendier un immeuble ou piller une boutique est un cri pour se faire entendre, un cri de survie.

En mars 1968, Martin Luther King a prononcé un discours dans un lycée devant un public hostile, où il parlait des émeutes violentes qui avaient ébranlé les villes US pendant l’été 1967, émeutes qui devaient culminer en une orgie de destruction suite à son assassinat quelques temps plus tard. Il était pacifiste, mais expliquait néanmoins que : « Je ne saurais me contenter de m’adresser à vous ce soir pour condamner les émeutes. Il serait irresponsable de ma part d’agir ainsi sans en même temps condamner les conditions intolérables qui régissent notre société. Ce sont ces conditions qui font que des individus pensent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de mener des rébellions violentes pour attirer l’attention. Et je dois dire ce soir que l’émeute est la voix des sans-voix. »

Le groupe Hackney Unites a sorti « Un Message à la Jeunesse d’Hackney », le 9 août, qui disait ce qui suit : « Le fait de participer à une émeute peut sembler être un acte de rébellion et une réponse à une série complexe de problèmes : mettre pour une fois la police sur la défensive et adopter les stéréotypes de témérité, de criminalité et de brutalité qu’on vous colle si souvent sur le dos. Cependant, une émeute détruit le peu d’équipements de quartier que nous avons et met grandement en danger les émeutiers et les spectateurs. » Le message continue ainsi : « En Amérique, suite à l’assassinat de Martin Luther King, les ghettos noirs sont entrés en éruption. Cependant, à ce moment, le Black Panther Party qui s’organisait et qui était la plus militante des organisations radicales noires, demandait à la communauté de ne pas faire d’émeutes, mais de s’organiser pour la justice. Nous vous demandons de faire pareil. »

Les émeutes de 1967 dont parle King étaient considérablement plus violentes et contradictoires que tout ce qui a pu se passer à Londres. Mais le point de vue de King n’était pas d’appeler les gens à rentrer chez eux et à accepter leur sort, mais de se demander s’il n’y avait pas un meilleur moyen d’organiser leur mécontentement : « J’ai longtemps cherché une alternative aux émeutes d’un côté, et aux supplications timides d’un autre côté, et je crois que cette alternative, c’est la militance non-violente de masses. »

Contrairement à King, nous ne pensons pas que ceux qui se battent doivent limiter leur résistance à la non-violence, une émeute est l’un des nombreux instruments qui peuvent être utilisés lorsque les circonstances s’y prêtent et de toutes façons elles auront lieu spontanément quand les circonstances l’imposeront, comme cette fois-ci. Mais les paroles de King sont d’une grande utilité pour la gauche et pour les « libéraux » [« liberals » : en français, on dira les « humanistes » ou les « démocrates »] qui n’ont réagi aux émeutes que sous la forme du blâme des participants, tout en l’accompagnant trop souvent d’un appel à la répression et à la restauration de la normalité. Si vous ne voulez pas voir les résultats chaotiques et dévastateurs d’une émeute, la tâche n’est pas de sermonner ceux qui au moins ont le courage de résister, mais de s’organiser pour proposer une autre façon de résister, plus efficace.

Si l’Etat est prêt à emprisonner des centaines de personnes, comme il semble vouloir le faire, il y aura probablement des émeutes en prison, comme cela a eu lieu suite aux emprisonnements de masses après la Grande Émeute contre la Poll Tax en 1990, pendant laquelle on entendit de la bouche des médias les mêmes mots, « voyous », « bandits », « engeance », mots qui sont encore plus populaires aujourd’hui qu’à cette époque, qui était celle du thatchérisme finissant. D’ailleurs, on peut voir aujourd’hui au Musée de Londres une peinture représentant l’émeute à Trafalgar square.

Qu’est-ce qui va changer?

La blogueuse Penny Red a cité un jeune homme de Tottenham interviewé par un journaliste de la chaîne NBC, qui lui demandait si les émeutes n’allaient pas finalement ne rien changer : « Si, si », dit-il. « Vous ne seriez pas là à me parler si nous n’avions pas fait d’émeutes, n’est-ce pas? Il y a deux mois, nous avons manifesté devant Scotland Yard, à plus de 2.000, que des Noirs, c’était pacifique et calme, mais vous savez quoi? Eh bien, pas un mot dans la presse. Par contre, la nuit dernière, un peu d’émeutes et de pillage, et regardez autour de vous. »

Les émeutes ont incontestablement attiré l’attention des médias et provoqué dans la presse plus de discussions sur le racisme, la pauvreté et l’exclusion que dans les années passées. Cela vaut mieux que l’ignorance muette, mais la couverture de presse n’aboutit par elle-même à rien, d’autant plus que ces couvertures positives sont contrecarrées par une campagne très réussie de déshumanisation et de criminalisation, et par les cinq morts, les 1.500 arrestations et le nombre inconnu de blessés. Comme on l’a vu lors des émeutes précédentes, une fois l’onde de panique passée, l’opinion publique se départira probablement de son attitude extrême à la « pendez-les haut et court » en vigueur en ce moment, mais dans tous les cas il est clair que les émeutes seront l’occasion d’instaurer des lois plus répressives et de marginaliser et de criminaliser encore plus les sections les plus pauvres de la classe ouvrière.

A court terme hélas, nous assisterons sûrement à une exhibition massive de répression policière, destinée faire en sorte que la renommée de Londres ne soit pas flétrie par les événements, condition nécessaire à la croissance de l’entreprise olympique. Par contre, ce que nous ne verrons pas émerger, c’est une société ou un système politique où les gens ont leur mot à dire et un pouvoir sur leur avenir. Ce type de système n’apparaît pas sur les cartes du capitalisme. C’est quelque chose qui ne peut pas être toléré et ce genre de pensée est vu comme séditieux par les pouvoirs en place.

Les causes profondes de l’émeute ne sont pas quelque chose de soluble dans le cadre des solutions humanistes [‘liberal‘] consistant à ouvrir des clubs de jeunesse et multiplier les séances de pourparlers communautaires. Cela ne peut avoir lieu que dans le traitement des inégalités de richesses. Les politiciens qui ont laissé cette année les banquiers empocher des bonus de 14 milliards de £ ne sont pas susceptibles de le faire. Les entrepreneurs qui investissent dans les Jeux olympiques non plus. Le projet des Olympiades qui a déjà porté sa marque sur le territoire ne va pas être remis en question par les événements. Nous verrons davantage de répression et de barrières policières. Des gens seront sévèrement châtiés pour avoir « mis le feu à leurs communautés », afin que la prochaine fois ils ne viennent pas tenter de le mettre à Chelsea ou à West End.

Les maîtres politiques jouent un jeu dangereux. Ils veulent faire passer ces émeutes pour du brigandage aveugle. Mais les gens ont vu les rues de nombreuses villes devenir les plate-formes du changement dans les six derniers mois, de Tunis au Caire, de Damas à Madrid. Nos maîtres ne désirent pas voir les émeutes se muer ainsi en démonstrations massives de refus et de révolte civile contre le système existant, un système hanté par l’injustice et l’inégalité, et par le BESOIN désespéré d’autre chose. En ce sens, c’est notre devoir de citoyen du monde de faire que ces démonstrations de colère se transforment en un combat politique pour le changement.

Le système capitaliste n’offre aucune solution en ce qui concerne les causes fondamentales des émeutes. Il ne peut répondre qu’avec plus de violence et de répression policière contre ces communautés, avec éventuellement une garniture de promesses pour la galerie, ou ce qui est moins sûr, quelques améliorations touchant à certains des pires effets de la pauvreté, afin de faire disparaître provisoirement le problème loin des yeux du public. La pauvreté, l’aliénation, la privation des droits et la violence sont inévitables dans un système qui se fonde sur la division entre dominants et dominés, riches et pauvres, patrons et ouvriers, et ces choses-là montent en crue jusqu’à leurs pires excès pendant les crises capitalistes périodiques.

La seule solution est de créer une société où chacun a une part et un pouvoir véritable, et dans laquelle chacun a un contrôle effectif sur sa propre vie, sur son lieu de travail et d’habitat. Ce genre de système n’apparaît pas sur les cartes du capitalisme, réprimé à la fois par les projets socio-démocrates et néo-libéraux qui ont échoué à traiter les besoins et les préoccupations des gens ordinaires. Ce système ne pourra voir le jour que lorsque le genre de colère qu’on voit à l’œuvre dans les rues de Grande-Bretagne sera canalisé contre le capitalisme , au moyen d’une organisation de masses de la classe ouvrière.

Les émeutes ont tracé dans le sable une ligne de démarcation, en fonction de laquelle chacun est appelé à prendre position. Est-ce que ce que vous voulez, c’est la sécurité de l’Etat Big Brother tout puissant, ayant les moyens de protéger le sommeil des riches alors que les pauvres sont littéralement jetés à la rue ou en prison s’ils résistent? Un Etat qui fera en sorte que ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les babioles du jour soient tenus en lisière, réduits à les convoiter derrière des vitres ou à se faire les esclaves de ceux qui peuvent se les payer? Peut-être qu’avec une quantité suffisante de canons à eau, de matraquages et de vidéo-surveillance le statu quo pourra rester en place. C’est que ce monde ne montre pas encore à l’horizon les limites de tes désirs. Mais leur utopie ne commence-t-elle pas à ressembler à ces cellules de prison qui accueillent tant de gens lorsqu’on veut la préserver?

Ce monde est polarisé et il faut choisir son camp. Nous n’avons pas hésité à critiquer les faiblesses, la stupidité aveugle et parfois la cruauté de ces émeutes. Mais est-ce que le retour à leur statu quo nous offre quoi que ce soit de bon, à part la vaine illusion de sécurité? Pour en revenir à Martin Luther King, si l’émeute n’est pas la solution, alors quelle est-elle? Avec confiance, nous disons que la solution n’est pas de refaire plus de la même chose. Si nous voulons la liberté, nous devons nous organiser pour combattre pour la liberté et convaincre d’autres de mener ce combat avec nous. Ensemble, nous avons le pouvoir. La question demeure : est-ce que nous allons nous organiser pour l’utiliser?

PS : Pourquoi un article venant d’Irlande?

Il peut sembler curieux qu’un groupe anarchiste d’Irlande fasse tant d’efforts pour comprendre une émeute en Angleterre. Mais c’est une erreur, car non seulement Londres continue de gouverner le Nord-Est de l’Irlande (où ils n’ont jamais eu de complexes à utiliser les canons à eau, les matraquages et à faire feu sur les émeutiers), mais nos deux pays sont liés sous beaucoup d’autres aspects. Cet article nous sert aussi à montrer que les émeutes ne sont pas toujours une bonne chose, et de prendre conscience du danger des escouades d’auto-défense mono-ethniques. Dans le Nord [de l’Irlande], nous avons vu beaucoup d’émeutes réactionnaires et beaucoup d’escadrons de la mort se faire passer pour des groupes d’auto-défense.

Deux personnes du groupe des auteurs de cet article font partie des gens qui ont littéralement construit Londres et y ont travaillé et vécu pendant de longues périodes. Nous voyageons régulièrement là-bas et nous maintenons des contacts avec des amis et des camarades qui vivent, travaillent et luttent dans ces étendues tentaculaires. Nous avons vu et participé à quantité de manifestations et d’émeutes, nous avons squatté à Hackney et nous avons, comme des centaines de milliers de travailleurs immigrés qui sont revenus chez eux, notre mot à dire en ce qui concerne cette ville. Par contre, l’ inconvénient est que nous n’avons pas pu voir ou participer aux événements que nous discutons dans cet article, mais si ça avait été le cas, nous n’aurions pas eu le loisir d’écrire.

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10 commentaires pour WSM : Londres brûle – causes et conséquences des émeutes, une perspective anarchiste (deuxième partie)

  1. peadar dit :

    [Angleterre] Quatre ans de prison pour appel à l’émeute sur Facebook

    Deux jeunes Britanniques ont été condamnés à quatre ans de prison ferme chacun pour leur utilisation de Facebook afin d’inciter à l’émeute.

    Alors que la police britannique a minoré le rôle des réseaux sociaux dans l’organisation des récentes émeutes pour surtout pointer du doigt le service BlackBerry Messenger, c’est pourtant pour leur utilisation de Facebook que deux jeunes hommes viennent d’être condamnés.

    À respectivement 21 et 22 ans, Jordan Blackshaw et Perry Sutcliffe-Keenan vont devoir passer rien de moins que quatre années en prison. Il a été retenu contre eux qu’ils ont intentionnellement incité d’autres personnes à causer des troubles graves lors des émeutes qui ont frappé l’Angleterre la semaine dernière.

    En l’occurrence, Jordan Blackshaw avait créé un événement Facebook baptisé « Smash d[o]wn in Northwich Town » (détruire la ville de Northwich). Perry Sutcliffe-Keenan avait pour sa part utilisé son compte Facebook pour créer une page invitant à une émeute à Warrington.

    À BBC News, un procureur a déclaré : « ils ont tous deux utilisé Facebook pour organiser et orchestrer des troubles graves alors que de tels incidents avaient lieu dans d’autres endroits du pays ». Un représentant des forces de l’ordre a lui estimé que cette condamnation « reconnaît comment la technologie peut être abusée pour inciter à une activité criminelle » et « envoie un message fort aux fauteurs de troubles ».

    Reste que l’incitation Facebook de Jordan Blackshaw et Perry Sutcliffe-Keenan n’a pas été suivie dans les faits…

    Leur presse (Génération Nouvelles Technologies), 17 août 2011.

  2. Liam dit :

    (Noter la reference a « ceux qui fantasment sur l’Irlande du Nord » – LOR)

    « Les événements en Grande-Bretagne témoignent d’un fait qu’il faut comprendre, et qui est au coeur du marxisme. Une révolte populaire ne peut qu’être défaite si elle n’est pas guidée par l’idéologie communiste.

    Les luttes de classe, si elles ne sont pas dirigées, n’arrivent pas jusqu’au point où la révolution est inévitable, ou bien même à ce que le processus révolutionnaire avance.

    On l’a bien vu à Londres, où des brutalités visant des éléments du peuple ont eu lieu, où des agressions gratuites ont pu se développer. C’est une preuve que l’appel à la révolte ne suffit pas en lui-même, et qu’il n’est pas possible de considérer unilatéralement les émeutes de Londres comme quelque chose de positif (ou bien de négatif).

    Ont clairement tort historiquement les spontanéistes, qu’ils soient anarchistes, ou bien même résumant Mao à un simple « on a raison de se révolter! »

    Tout comme ont tort ceux qui pensent que ces révoltes ne seraient qu’une pure expression de destruction.

    Car la révolution ne vient pas « spontanément », la révolution est un processus qui ne peut qu’être dirigé par le Parti de la classe ouvrière, guidé par le matérialisme dialectique.

    Toute autre position est à l’opposé du léninisme. Toute autre position, c’est céder au spontanéisme.

    La lutte spontanée du prolétariat ne deviendra une véritable “lutte de classe” du prolétariat que lorsqu’elle sera dirigée par une forte organisation de révolutionnaires. (Lénine, Que faire ?)

    Pareillement, considérer que les luttes de classes iraient « en ligne droite » est anti-dialectique. L’histoire avance en spirale. L’émeute de Londres a une valeur historique dans cette spirale pour l’histoire de l’Angleterre.

    Nier cela, comme le fait la social-démocratie, est contre-révolutionnaire.

    Et l’exemple londonien montre de manière exemplaire la vanité des spontanéistes. De la révolte on est passée à du pillage fondée sur l’esprit de gang, l’esprit de voyou. Le peuple s’est dissocié finalement de la révolte, et la petite-bourgeoisie a pu s’organiser et revendiquer haut et fort la répression.

    Cela n’a pas pu se passer ainsi en France, malgré un mouvement bien plus grand lorsque « les banlieues françaises se sont embrasées. » Car la violence était bien plus ciblée, même s’il est vrai également que les zones étaient moins urbanisées, avec de vrais quartiers de ville.

    Cependant, cela ne change pas le fond de la question. Les personnes gangrenées par l’idéologie capitaliste ne disparaissent pas par enchantement lors du processus révolutionnaire. Bien au contraire, même. Les contradictions de classe s’accentuent.

    En France, les mafias pratiquant le trafic de drogues ont tout fait pour casser la « révolte des banlieues » (comme d’ailleurs les religieux, et évidemment en Angleterre on a eu la même chose).

    Voilà pourquoi ceux qui s’identifient à la « révolution palestinienne » ou fantasment sur l’Irlande du nord n’ont strictement rien de marxiste. Il n’existe pas de « cause » qui serait en soi progressiste, à part le socialisme.

    La seule Cause qui ait un sens progressiste est la révolution socialiste, sur la base du matérialisme dialectique. Seule la classe ouvrière, organisée sur une base scientifique, peut changer les choses dans un sens positif.

    Notre obligation première et impérieuse est de contribuer à former des révolutionnaires ouvriers qui, sous le rapport de leur activité dans le parti, soient au même niveau que les révolutionnaires intellectuels.

    (Lénine, Que faire ?)

    Ceux qui soutiennent Cuba, par exemple, peuvent-ils affirmer que leur soutien se fonde sur une base scientifique ? Non, ils affirment que Cuba jouerait un rôle anti-impérialiste, qu’il y aurait des progrès sociaux, une mouvement populaire, etc.

    Et c’est la même chose pour le Venezuela, ou bien pour la Corée du Nord, etc. Il est toujours trouvé des excuses – pragmatiques ou bien romantiques, voire les deux – pour justifier ces « soutiens. »

    Voilà pourquoi, d’ailleurs, ces soutiens se trouvent toujours être « nationaux » ou bien, inversement, totalement cosmopolites.

    Chez les « marxistes-léninistes », la révolte est une expression « nationale » et chez les anarchistes, elle est au-delà de toute réalité sociale locale. On a les deux versions d’un insupportable spontanéisme, d’un populisme dans tout ce qu’il y a de plus insupportable.

    Les effets sont en effet terribles : d’un côté déjà, on a une propagande anti-marxiste, opposé au principe du Parti, opposé au principe de la diffusion de l’idéologie communiste.

    De l’autre côté, cette propagande anti-marxiste contribue à l’idéalisme « nationaliste » (qui lui se débarrasse complètement du marxisme), tout en faisant passer les marxistes en plus pour des rêveurs cosmopolites.

    C’est ce qu’on peut appeler la catastrophe sur toute la ligne. Voilà comment les spontanéistes jouent un rôle anti-marxiste.

    Tout culte de la spontanéité du mouvement ouvrier, toute diminution du rôle de « l’élément conscient » […] signifie par-là même – qu’on le veuille ou non, cela n’y fait absolument rien -un renforcement de l’idéologie bourgeoise sur les ouvriers.

    Tous ceux qui parlent de « surestimation de l’idéologie », d’exagération du rôle de l’élément conscient, etc., se figurent que le mouvement purement ouvrier est par lui-même capable d’élaborer et qu’il élaborera pour soi une idéologie indépendante, à la condition seulement que les ouvriers « arrachent leur sort des mains de leurs dirigeants« . Mais c’est une erreur profonde.

    (Lénine, Que faire ?)

    Et voilà comment une organisation comme Lutte Ouvrière, qui est clairement social-démocrate « dur », peut avoir de l’aura, en soulignant justement la dimension outrancière des spontanéistes.

    Lutte Ouvrière peut prétendre être sur le véritable terrain du marxisme, justement en ne cédant pas au spontanéisme. Alors que sa position est social-démocrate. Et elle peut le faire en constatent les échecs du spontanéisme et en disant: voilà, nous avions raison, nous n’avons pas cédé aux illusions, nous n’avons pas abandonné les principes, etc.

    C’est cette réalité qui rend encore plus nécessaire la bataille idéologique, que justement refusent les spontanéistes. L’anti-intellectualisme de ces derniers est très révélateur : ils ne veulent pas la science, seulement la « révolte. »

    Comment triompher sinon face à des opportunistes comme Lutte Ouvrière, dont la seule fonction typiquement trotskyste) est de nier la réalité?

    Lutte Ouvrière ne sait que dire la même chose: les choses qui se passent révèlent le besoin de changement sociale, etc. Mais jamais la réalité n’est prise pour elle-même. Et la prendre pour elle-même c’est comprendre comment la matière est dans un processus d’insurrection, faisant de la guerre populaire l’actualité émergente, à condition que le Parti de la science ait été fondé au préalable, pour synthétiser l’histoire idéologiquement, politiquement et culturellement!

    A une époque de guerre civile, l’idéal du parti du prolétariat est un parti combattant. C’est absolument incontestable. (Lénine, La guerre des partisans)

  3. Ekintza dit :

    C’est vraiment un connard colossal. Ce qu’il dit en clair quand il parle de l’Irlande et de la Palestine, c’est que la lutte anti-impérialiste ne serait pas progressiste. Putain mais quel marxiste !!

  4. peadar dit :

    voici le lien pour ceux que ça intéresse : http://www.contre-informations.fr/?p=14087
    le « pcmlm » descend la spirale infernale de l’aigreur. ils pensent que tout ce qui échappe à leur idéologie est mauvais, mais comme tout leur échappe, tout est mauvais, et comme ils ne proposent rien et ne font rien à part lire les sites des autres, ils vivent par procuration et leurs vomissures sont de plus en plus aigres, ce qui salit d’autant plus le drapeau, comme tu dis Ekintza.

  5. Lire contre informations, c’est un peu comme aller écouter un évêque qui réprimande tout le monde, mais qui a la syphillis. On ne peut pas le prendre au sérieux.

  6. SLP dit :

    Toutes les causes qui représentent un soulèvement de la Périphérie contre le Centre sont progressistes. Point.

    • SLP dit :

      Voilà ce que je cherchais : « Dans les conditions de l’oppression impérialiste, le caractère révolutionnaire du mouvement national n’implique pas nécessairement l’existence d’éléments prolétariens dans le mouvement, l’existence d’un programme révolutionnaire ou républicain du mouvement, l’existence d’une base démocratique du mouvement. La lutte de l’émir afghan pour l’indépendance de l’Afghanistan est objectivement une lutte révolutionnaire, malgré le tour monarchiste des conceptions de l’émir et de ses partisans, car elle affaiblit, désagrège et sape l’impérialisme, cependant que la lutte des démocrates et des « socialistes » à tous crins, des « révolutionnaires » et des républicains pendant la guerre impérialiste, était une lutte réactionnaire, car elle avait pour résultat de maquiller, de consolider de faire triompher l’impérialisme. » (Staline, La question nationale, 1924) [C’est bien de gueuler « Staline ! » à tout va, connaître ses écrits c’est mieux. Et en Irlande comme en Palestine, il y a des éléments démocratiques, républicains et socialistes, ce n’est pas « l’émir afghan »…]

  7. SLP dit :

    Face aux affirmations péremptoires avec une pédance inégalée, il faut affirmer péremptoirement, et ne surtout pas se gêner. Nous avons raison et ils ont tort, il n’y a pas plus de questions à se poser, et rien à discuter.

  8. SLP dit :

    Vous trouvez pas qu’ils sont (il est ?) sur une ligne de plus en plus PT ? Moi qui ai été approché par eux il y a une huitaine d’année, je trouve pas mal de similitudes… Ouvriérisme caricatural en paroles (alors que ce sont des intellectuels), toute cause autre que le socialisme ne peut être progressiste, toujours critiquer tout ce qui bouge, et puis maintenant la défense du « cadre national » des luttes de classe (désormais explicite), l’islamophobie délirante (comme si 3000 salafistes allumés pouvaient menacer tous les acquis de la révolution bourgeoise et du mouvement ouvrier o_O), bref… big up au passage à ceux qui m’ont rendu « mao-stal » 😉 (en ne pensant pas, cependant, retrouver les mêmes délires chez des maos).
    Un truc me trotte dans la tête, vous me direz si je suis à côté : en novembre 2005, ils avaient dit que « la Guerre populaire a commencé en France », c’est bien ça ? J’ai l’impression qu’ils ont tenté une implantation dans les quartiers et que, arrivant avec leurs gros sabots et leurs certitudes, persuadés d’avoir LA vérité, ils se sont fait casser la bouche. Non ?

  9. peadar dit :

    je pense que tu surestimes le(s) bon(s)homme(s) en parlant de tentative d’implantation suivie d’expérience cuisante, vu qu’ils photographient les moindres stickers qu’ils collent, ils en auraient parlé. je crois qu’il n’y a pas l’once de début d’un commencement d’une pratique, d’ailleurs les textes de contre informations sont explicites là-dessus. par contre, je suis d’accord avec l’explication où tu dis : « ils attendent le moment pour sortir du bois et pour devenir les hauts cadres de l’état socialiste ». je pense qu’il y a de moins en moins de monde chez eux.

    dans tous les cas, des réactionnaires.
    pcmlm delenda est.

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