Jeter son tablier de cuisine et prendre les armes

Article écrit par Theresa O’Keefe, publié en 2004 dans la revue Resources for Feminist Research. Dans cet article, le terme de ‘nationalisme’ est à prendre au sens de mouvement de libération nationale des peuples et nations opprimés, pas au sens du nationalisme oppresseur propre aux métropoles impérialistes. Nous traduisons ce long article en deux fois, mais sans le lourd appareil de notes.

Le nationalisme en tant qu’oppresseur des femmes

Depuis le début des années 1980, période où la question des femmes et du nationalisme a commencé à gagner une reconnaissance universitaire, des féministes se sont demandé dans quelle mesure le nationalisme était une puissance d’oppression dans la vie des femmes. Leurs études soulignaient le fait que la violence employée dans les conflits, sous la forme de viols de masse, d’abus, de torture et de meurtre, était le plus souvent dirigée contre les femmes. Dans une moindre mesure, les féministes universitaires enquêtaient sur la participation des femmes en tant que combattantes dans les luttes nationales. Ce que ces approches ont en commun, c’est le souhait de comprendre les implications du nationalisme pour les femmes.

Les premières ont exploré l’idée que le corps des femmes devenait le terrain sur lequel se menaient les luttes armées. Les secondes ont en général insisté sur le fait que, malgré leur participation active, les femmes obtenaient rarement un statut d’égale dans les mouvements nationalistes. Les deux approches se sont montrées critiques vis-à-vis de nos thèses sur l’implication des femmes dans et par le projet nationaliste, sans être toutefois capables de comprendre en profondeur la dimension de la résistance féministe à l’intérieur de telles luttes nationalistes. Il manque encore au féminisme une compréhension solide de l’organisation des femmes contre le patriarcat dans le contexte du nationalisme.

Bien que les mouvements nationalistes se proclament souvent ‘mouvements de libération’, la plupart des féministes académiques voient dans le nationalisme un recul loin de la lutte pour l’émancipation des femmes. On avance que le nationalisme exige des femmes qu’elles suspendent «leur» projet d’émancipation jusqu’à la résolution de la question nationale. On attend souvent des combattantes engagées dans les luttes nationalistes dans le monde qu’elles établissent des priorités dans leurs luttes, parce que la cause nationaliste est la plus urgente et que les autres questions seront traitées après la victoire de la révolution.

Comme le dit Cynthia Enloe : « D’habitude, les organisateurs masculins considèrent que l’unité de la communauté a une telle priorité politique que toute mise en question des rapports entre hommes et femmes a tendance à être vue comme une source de division, si ce n’est de trahison. On a répondu aux femmes qui exigeaient une véritable égalité entre les sexes qu’il n’en était pas encore temps, que la nation était trop fragile, et l’ennemi trop proche. Les femmes doivent avoir la patience d’attendre que l’objectif nationaliste soit atteint, alors seulement la question des rapports entre femmes et hommes pourra être soulevée. Pas maintenant, plus tard, tel est l’avis qui retentit aux oreilles de beaucoup de femmes nationalistes. »

La même thèse vaut aussi pour la période qui suit la résolution de la question nationale, les femmes étant tenues à l’écart puisque le pouvoir patriarcal tient toujours les rênes. Lorsqu’enfin survient cet « après », il y a peu de preuves ne serait-ce que d’une considération pour les revendications des membres féminines. Comme l’affirme Anne McClintock : « Dans nombre de pays nationalistes ou socialistes, au mieux on soutient verbalement les préoccupations des femmes, au pire on en rie ouvertement. Si les femmes doivent accomplir des tâches d’hommes [au combat], les hommes en revanche ne partageront pas les tâches des femmes. » Des confirmations de cela se présentent dans une quantité d’études sur le sujet.

Une autre critique portée contre la participation des femmes dans les luttes nationalistes, consiste à dire qu’elle ne sert qu’à consolider le patriarcat, les femmes légitimant par leur présence des projets nationalistes définis par des hommes et dirigés par eux. Le fait que le nationalisme fasse fond sur les normes sexuelles qui voient la femme en tant que reproductrice, a mené naturellement à la conclusion que le nationalisme était patriarcal. Le livre de Tamar Mayer, Gendered Ironies of Nationalism: Sexing the Nation, réaffirme cette thèse selon laquelle le nationalisme sert le plus souvent à propager le contrôle sexuel et la répression des femmes.

Comme elle le dit : « Le lien entre nationalisme et masculinité reste puissant : les hommes prennent le pouvoir de définir les processus de construction de la nation, tandis que les femmes acceptent l’obligation de reproduire la nation biologiquement et symboliquement (…) Le masculin et le féminin restent des catégories fixes lorsqu’elles entrent en rapport avec la nation. » Le nationalisme est présenté comme quelque chose qui entretient le patriarcat, ou même qui l’arbore, puisque les femmes reçoivent dans le projet nationaliste des rôles fondés sur la tradition, que ce soit dans ou hors du foyer. Le conclusion de ces féministes universitaires est donc que le nationalisme, c’est le patriarcat.

Le mérite de ce corpus de textes est de nous permettre de prendre garde aux pièges induits par les vocables comme «liberté» et «libération», puisque le potentiel du nationalisme pour la libération des femmes est très limité. On a émis l’idée que les femmes qui participent à la lutte armée contribuent à leur propre oppression en légitimant le nationalisme, et par conséquent le patriarcat.

Lynda Edgerton, dans ses textes sur les femmes et le nationalisme irlandais, affirme que l’engagement des femmes n’a fait qu’approfondir leur oppression. A son avis, le discours nationaliste a cimenté les rôles masculins et féminins, ce qui fait que les femmes qui se sont engagées politiquement dans le Nord de l’Irlande, en particulier en tant que mères, ont opéré avec une fausse conscience, puisque leur activité à contribué à approfondir l’inégalité entre sexes.

Pour Edgerton, bien que les rôles masculins et féminins traditionnels aient été battus en brèche dans le processus de politisation nationaliste des femmes au Nord de l’Irlande, « il n’a pas été demandé à ces femmes de mettre en question leur rôle domestique, ni leurs rapports avec le mari et la famille; bien au contraire, on les a encouragées à tenir un rôle maternel fort, destiné à maintenir l’unité de la famille, à s’occuper des choses matérielles et à prêter leur concours aux campagnes politiques déterminées en général par des hommes. »

De même, Elisabeth Porter soutient que « même lorsque les femmes participent activement aux luttes ethniques et nationales, en organisatrices, agitatrices, assistantes, et parfois combattantes, les hommes restent les agents et les femmes les symboles, ce qui renforce l’oppression masculine pré-existante ».

Par conséquent, si des femmes choisissent de prendre part à un mouvement patriarcal, et ainsi contribuent à leur propre oppression (et comme l’affirme V. Spike Peterson, à l’oppression des autres), il faut conclure que ces femmes n’agissent pas avec une conscience féministe, qu’elles ne sont pas féministes. Des féministes universitaires expliquent que la nature des mouvements nationalistes fait d’eux non seulement des endroits funestes pour les femmes, mais aussi pour le féminisme et l’émancipation féminine. Qui plus est, ce projet d’émancipation féminine est souvent décrit comme un compétiteur du nationalisme, ils s’excluent donc mutuellement. « Nulle part », nous dit Anne McClintock, « le féminisme n’a été admis à d’autre titre que celui de servante du nationalisme ».

Geraldine Meaney considère que le féminisme doit garder son autonomie vis-à-vis du nationalisme, qu’il doit « tenir ferme sur ses intérêts propres ceux intérêts des femmes contre toute identité nationale monolithique, qui perpétue le patriarcat. Dans son rapport aux femmes nationalistes, le féminisme doit souligner dans quelle faible mesure le nationalisme et le républicanisme ont promu et protégé les intérêts des femmes et à quel point au contraire ils ont dénigré et opprimé les femmes. »

De même, R. Radhakrishnan, explorant les questions de genre dans le nationalisme demande « pourquoi la politique du nationalisme subordonne-t-elle ou nie-t-elle la politique des femmes? ». Ces thèses sous-entendent toutes que les femmes qui se battent dans une lutte nationale sont pour cette raison moins engagées dans la lutte pour l’émancipation des femmes. Cette considération a poussé beaucoup d’écrivaines à considérer principalement les aspects négatifs de l’intégration des femmes à un mouvement défini par les hommes.

Ainsi, instruites que nous sommes sur la façon dont les femmes sont accueillies par leurs collègues masculins dans les mouvements nationalistes et dont elles sont «utilisées» en leur sein pour faire avancer la cause et pour signifier la nation, il nous reste à comprendre comment et surtout pourquoi des femmes s’engagent dans la construction et la défense de la nation.

Trop peu d’attention a été accordée aux raisons qui ont poussé des femmes à se mobiliser contre l’oppression qu’elles subissent à la fois dans et hors des mouvements nationalistes. S’il est vrai que l’émancipation des femmes est rarement la préoccupation dominante dans la plupart des mouvements de libération nationale, il serait faux de croire que des femmes ne s’y battent pas pour leur propre émancipation.

Comme l’ont fait remarquer des auteures féministes dans le passé, les mouvements nationalistes peuvent procurer un espace pour la résistance et le pouvoir des femmes, en les faisant sortir du foyer, dans les rues. Cet aspect de l’activité des femmes est toutefois rejeté dans l’ombre par la critique portée au nationalisme.

Il nous faut revenir sur nos notions de départ quant au positionnement des femmes vis-à-vis du nationalisme et nous demander pourquoi des femmes veulent rejoindre ces mouvements et comment elles gagnent du pouvoir par leur participation dans le conflit nationaliste. Il faut cesser de présumer que les femmes n’ont rien à voir avec l’identité nationale. Il faut au contraire reconnaître que les questions de genre et d’identité nationale sont entrecroisées, ce qui crée une position unique à partir de laquelle les femmes peuvent résister à l’oppression.

Le nationalisme offre aux femmes l’occasion de brouiller les frontières entre espace public et espace privé et d’exploiter la politisation engendrée par la cause nationaliste pour faire avancer leur propre émancipation. Ce processus de transformation devrait être du plus haut intérêt pour les théoriciennes féministes qui s’intéressent à la façon dont les femmes non seulement se politisent, mais aussi défendent leur propre émancipation. Il est certes nécessaire d’être prudente au moment de louer les mérites du nationalisme, étant donné ses funestes répercussions pour les femmes. Toutefois, le nationalisme peut avoir des ramifications positives qui méritent d’être examinées par quiconque étudie les rapports des femmes au nationalisme.

L’avènement du féminisme républicain

Le nationalisme féministe n’est pas un phénomène nouveau en Irlande, au Nord comme au Sud. Depuis le début de la bataille pour une Irlande indépendante et unie, la lutte nationale a été en rapport avec la lutte pour les droits des femmes. En outre, s’il y avait un mouvement autonome de suffragettes actif dans tout le pays, il y avait aussi des liens évidents entre les femmes actives dans le mouvement national et celles qui menaient campagne pour le suffrage féminin.

L’entrelacement entre le mouvement des femmes et le nationalisme se fit moins visible après le reflux du mouvement des suffragettes, en même temps que dans les autres pays occidentaux. Il fallut attendre la deuxième vague, simultanée, du mouvement des femmes et de la nouvelle lutte nationale dans le Nord mettant l’accent sur les droits civils, pour voir la résurgence du nationalisme féministe. Cette forme moderne de féminisme incluse dans la lutte républicaine peut être nommée « féminisme républicain ». Ce féminisme républicain, assumé par beaucoup de femmes actives dans la lutte armée, est un exemple et un terrain significatif pour augmenter nos connaissances sur la résistance des femmes à leur oppression.

Des études antérieurs ont attribué la présence des femmes dans la lutte anti-impérialiste à leur politisation. Comme le disent Suruchi Thapar-Bjorkert et Louise Ryan dans leur article sur les nationalismes indiens et irlandais : « La sphère domestique était devenue un lieu de contestation et de politisation accrues. Le brouillage des frontières entre la ligne de front et le foyer, entre le privé et le public, aiguisa la conscience des femmes pour les années qui allaient suivre ».

C’est assurément ce brouillage des frontières qui allait poser les fondements de l’ascension du féminisme républicain. En adoptant ce point de départ, on peut identifier trois raisons principales au surgissement et à la persistance du féminisme républicain depuis la fin des années 1960. La politisation qui eut lieu pendant les Troubles à la fin des années 1960, l’exposition aux organisations féministes de la deuxième vague féministe, et l’expérience des prisonnières républicaines sont les trois moments de la formation du féminisme républicain dans le Nord de l’Irlande.

Prendre les rues

La politisation des femmes fut le premier jalon du surgissement du féminisme républicain. La fin des années 1960 et le début des années 1970 virent le début du bouleversement politique connu sous le nom de Troubles. Des gens de tout milieux, y compris un petit nombre de Protestants, menèrent une lutte difficile pour les droits civils de la population catholique du Nord. Une Armée Républicaine Irlandaise régénérée se mua en une force dominante du paysage politique, attirant de nombreuses jeunes recrues, masculines comme féminines. Le plus remarquable dans cette période, c’est la politisation des femmes, qu’elles s’intègrent dans l’IRA ou pas.

D’après l’activiste républicaine Lily Fitzsimmons, « la présence britannique unifia la volonté des femmes de s’organiser elles-mêmes contre la répression militaire de l’armée britannique. Cela nous a aussi fait prendre conscience de notre force en tant que groupe. » Cette « volonté unifiée » donna aux femmes la force d’aller plus loin et de défier les normes du masculin et du féminin depuis longtemps établies dans la plupart des sociétés. Participer aux meetings, protester dans les rues, affronter les forces de la couronne, tout cela engendra une identité nouvelle pour les femmes. Le résultat de cette politisation intense fut que les femmes « ne retournèrent pas dans leurs cuisines pour s’y soumettre aux ordres de leurs maris. »

Pour certains, la naissance de cette conscience politique est à situer dans le mouvement pour les droits civils à Derry, qui a été appelé « une révolution sociale totale pour les femmes ». Le mouvement des droits civils à Derry comptait des activistes femmes comme Bernadette Devlin (McAliskey). Pour beaucoup de femmes, ce mouvement a été leur première expérience en tant qu’activistes politiques, assumant un rôle en-dehors de la maisonnée et du lieu de travail. Comme le dit l’une d’entre elles : « Avant 68, les femmes devaient être à la maison à l’heure pour préparer le dîner et s’occuper des enfants et des maris. Mais quand Derry entra en éruption en 1968 (date des premières manifestations pour les droits civils), les femmes, les femmes âgées en particulier, fondirent sur les rues telles une volée de canards sur un lac, et depuis elles ne sont point revenues. »

Suite au mouvement des droits civils et à des événements comme le Bloody Sunday et l’internement, les femmes troquèrent leurs tablier de cuisine contre des affiches, des cocktails molotov et des mitraillettes. Ces expériences ont été libératrices pour les femmes et les ont éclairées sur leurs propres capacités à être autonomes et non pas confinées dans le foyer. D’après une ancienne prisonnière : « J’ai toujours pensé qu’il y avait une analogie avec le nouveau rôle que les femmes ont pu prendre pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les femmes alors remplacèrent les hommes, en tous points. La différence, c’est qu’après l’internement, quand les hommes revinrent, les femmes restèrent à leur poste et y excellèrent. Elles ne revinrent pas au foyer sous prétexte que les hommes attendaient cela d’elles… en fait, depuis ce moment, plus rien n’a été comme avant. »

Cet éveil politique des femmes produisit une transformation dans les rapports sociaux et dans l’ordonnancement social, qui a été durable dans le Nord. Cela donna un contexte favorable à l’émergence du féminisme républicain.

Elever le niveau de conscience

Le deuxième facteur qui contribua à l’émergence du féminisme républicain fut l’exposition des femmes républicaines au féminisme dans ses diverses formes. Le féminisme de la deuxième vague avait émergé dans les pays occidentaux à partir des mouvements radicaux des années 1960. Ce « nouveau » type de féminisme englobait une aile plus radicale que son prédécesseur, qui s’était formé avant le Soulèvement de Pâques 1916. Il insistait moins sur la conquête de l’égalité par les lois, et se préoccupait davantage de changer les structures, les habitudes et les soubassements du patriarcat, si dominants dans la plupart des sociétés. Cette tendance à faire porter les efforts en-dehors du système pouvait montrer des parallèles avec les mouvements de libération nationale, en particulier le républicanisme irlandais, puisqu’ils cherchent à démanteler l’ordre établi et les structures qui le soutiennent.

Dans le Nord de l’Irlande, existaient des féministes qui avaient vécu la période radicale des années 1960 et la montée de la deuxième vague féministe. Ces femmes étaient également conscientes de la nature oppressive du pouvoir colonial et des divisions de classe dans la société irlandaise. Il s’agissait d’un agrégat de femmes de diverses obédiences politiques, des socialistes, des marxistes, des féministes, des anti-impérialistes, des anarchistes, réunies sous la bannière du Collectif des Femmes de Belfast.

Ce Collectif, vite disparu, n’en fut pas moins à l’origine de la formation d’une organisation qui eut beaucoup plus de poids pour les femmes républicaines, Women Against Imperialism (WAI). WAI fut formé en 1978 suite à une scission du Belfast Women’s Collective et se consacra à la lutte organisée contre l’oppression des femmes par l’Etat britannique et pour l’égalité des femmes à l’intérieur du mouvement républicain et de la communauté nationaliste au sens large. Les femmes des WAI « considéraient que l’impérialisme avait déformé toute la configuration de l’Irlande, toute la configuration personnelle aussi bien que politique ».

Sur cette base, WAI mobilisa la communauté nationaliste belfastoise autour de nombreux problèmes, comme la violence faite aux femmes, à la fois personnelle et politique, l’endettement et la pauvreté, et la condition des femmes emprisonnées, en particulier à la prison d’Armagh. C’est probablement leur engagement auprès des prisonnières politiques qui leur valut le plus d’attention et de respect de la part de la communauté républicaine, attirant dans leurs rangs des ex-prisonnières et des futures prisonnières.

Comme le dit une ancienne militante des WAI, une épouse et mère sans d’expérience politique avant les Troubles : « En 1978, j’entendis parler d’un groupe nommé Women Against Imperialism. Ce groupe soutenait la lutte contre les Brits, bien que critique vis-à-vis de l’attitude de l’IRA envers les femmes. Alors j’y suis allée… Nous y parlions de tout, des choses personnelles, sur notre façon de vivre… Nous organisions des soirées dans les clubs pour collecter de l’argent et nous y prenions la parole une dizaine de minutes avant que ne démarrent la danse et la boisson. Nous invitions Women’s Aid, le sanctuaire pour femmes battues, nous menions des débats enflammés au sujet de la violence faite aux femmes, que nous mettions en rapport avec la violence faite aux femmes par les Brits et la police… »

WAI n’organisait pas seulement des conférences publiques et des causeries sur le thème de la violence, mais faisaient aussi des rassemblements de rues pour dénoncer les atrocités ayant lieu dans la prison pour femmes d’Armagh. Leur premier rassemblement fut tenu le 8 mars 1979, journée internationale des femmes. Ce rassemblement comprenait des anciennes prisonnières politiques qui lurent des déclarations des femmes républicaines de la prison d’Armagh. Pour la première fois, l’attention se concentrait sur les épreuves subies par les femmes à Armagh, et suite à ce rassemblement, la campagne pour défendre les droits des prisonniers politiques engloba aussi les femmes d’Armagh, alors qu’auparavant, elle se concentrait presqu’exclusivement sur les prisonniers républicains masculins.

Le rassemblement des WAI engendra des débats, souvent houleux, entre les diverses branches de la communauté féministe du Nord. De façon plus cruciale, il souleva la question des conditions de vie et des abus commis contre les femmes en prison, appelant les autres groupes à y reconnaître une dimension proprement féminine, une question féministe qu’elles ne pouvaient ignorer.

Le fait sans doute le plus remarquable de ce rassemblement fut le nombre de femmes qui y participèrent. Les estimations suggèrent que plus de 400 femmes, avec un grand nombre de féministes venues du dehors. Ces femmes avaient fait le voyage d’Angleterre, du Pays de Galles, d’Europe continentale, de Nouvelle-Zélande et des Etats-Unis, pour établir que la question de la prison d’Armagh était une question féministe.

Pour nombre de femmes, ce rassemblement et ceux qui ont suivi déclenchèrent un processus d’éveil. Se mêlant aux féministes qui venaient de l’extérieur, les femmes purent partager des expériences et discuter des problèmes qui leur tenaient à cœur.

Comme le dit une des fondatrices des WAI, présente le 8 mars : «  C’était tout un processus d’apprentissage, beaucoup de femmes qui firent le voyage pour nous aider étaient des lesbiennes, et elles ne le cachaient pas, loin s’en faut… Elles parlaient de différentes choses et nous nous rendîmes comte que nous étions terriblement ignorantes, ce qui nous a poussé à nous mettre à lire des livres sur le corps des femmes. Alors j’ai lu Our Bodies, Our Selves. En lisant ce livre, je me disais ‘ma pauvre, ce que tu étais à la masse’. Une fois que vous brisez votre coquille, vous voulez tout savoir! »

Il n’est pas exagéré de dire que de tels événements ont provoqué dans une grande mesure une élévation du niveau de conscience, qui a contribué à former le féminisme républicain.

En plus des débats à l’extérieur des prisons, des discussions féministes virent le jour à l’intérieur de leurs murs. Dans un geste de solidarité, certaines femmes des WAI se firent emprisonner et entrèrent dans l’aile A de la prison où étaient détenues les républicaines. Quoique bref, ce séjour en prison permit aux femmes d’échanger idées et opinions au sujet du féminisme et du mouvement des femmes. Les républicaines demandèrent aux détenues des WAI de leur donner des conférences sur le mouvement des femmes, suivies de débats. Ceci contribua à la formulation d’une conscience politique féministe parmi les républicaines.

Source : http://goliath.ecnext.com/coms2/gi_0199-3549168/Trading-aprons-for-arms-feminist.html

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