Récit du soulèvement des Irlandais Unis de 1798

Voici un récit détaillé du soulèvement des United Irishmen qui est fêté en ce moment par les républicains irlandais. Ce récit est tiré d’un document du groupe aujourd’hui défunt « Solidarité Irlande », qui malheureusement suivait de façon sentimentale et apolitique le mouvement des provisoires.

La Déclaration d’Indépendance américaine de 1776 prouva aux Irlandais qu’un peuple pouvait se libérer de la tyrannie anglaise. La Révolution française de 1789 insuffla un nouveau vent de liberté qui eut de profondes répercussions en Irlande. Sa doctrine de « Liberté, Egalité et Fraternité » inspira directement le mouvement réformiste irlandais mené par les Irlandais Unis.

En 1791, année de la parution du pamphlet de l’américain Thomas Paine, Les Droits de l’Homme, défendant les idées de la Révolution française, un groupe de Presbytériens radicaux de Belfast ayant servi dans les Volontaires Irlandais – une armée protestante constituée de 80 000 hommes – formèrent un Club politique : la Société des Irlandais Unis. Theobald Wolfe Tone, son principal dirigeant, était un jeune avocat protestant du barreau de Dublin, convaincu que la doctrine républicaine française représentait la solution aux malheurs de l’Irlande.

Le Club politique se donnait pour objectifs l’émancipation des catholiques, la mise en place de réformes parlementaires et l’indépendance de l’Irlande sous un gouvernement républicain. Theobald Wolfe Tone allait, ainsi, jeter les bases du républicanisme. Il souhaitait « unir tout le peuple d’Irlande, abolir le souvenir de toutes les dissensions passées, substituer le nom commun d’Irlandais aux dénominations particulières de protestants, catholiques et dissenters (presbytériens). »

Les presbytériens, descendants des Ecossais établis au nord-est de l’île au siècle précédent, partageaient dans une certaine mesure le sort des Irlandais catholiques, car, comme eux, ils ne pouvaient pas jouir pleinement de leurs droits civiques, dont le droit de vote, en raison de leur refus de se convertir à l’anglicanisme. C’est ce qui explique sans doute que beaucoup de presbytériens aient rejoint la Société des Irlandais Unis. Après les presbytériens de classes moyennes, les catholiques commencèrent à venir grossir les rangs de l’organisation, notamment à Dublin où un Club fut créé un mois plus tard.

Lorsque la guerre entre la France et l’Angleterre débuta en 1793, la Société des Irlandais Unis fut déclarée illégale de peur qu’elle ne recherche l’assistance de la France. Sous les coups de la répression, elle se transforma en société secrète et militaire. Son programme modéré, émancipation catholique et réforme parlementaire, fut alors abandonné au profit de la révolution et de l’établissement d’un gouvernement républicain.

Theobald Wolfe Tone prit, alors, contact avec le gouvernement français et finit par convaincre les ministres d’organiser une expédition en Irlande. Le commandement en fut confié au Général Hoche. Les moyens accordés furent loin d’être ceux escomptés par les Irlandais Unis, car le Directoire français préféra lancer ses campagnes d’Italie puis d’Egypte plutôt que de concentrer toutes ses forces dans une invasion de l’Irlande. Si cette dernière option avait été choisie, l’avenir de l’Irlande en eut peut-être été changé.

La France, quant à elle, aurait eu des bases navales à des centaines de kilomètres des côtes ouest françaises et, ainsi, aurait pu contrôler la principale route maritime vers les Amériques. Une flotte française constituée de 15 000 soldats, dont Wolfe Tone, quitta donc la rade de Brest le 15 décembre 1796 mais ne parvint pas à accoster à Bantry Bay (comté de Mayo) sur la côte ouest de l’Irlande, en raison de fortes tempêtes. L’invasion fut donc abandonnée et la flotte repartit pour la France. La répression s’abattit alors sur Irlande. Le 30 mars 1798, la loi martiale fut proclamée à travers tout le pays.

Afin de mettre à genoux le mouvement des Irlandais Unis, la méthode du gouvernement anglais consista en l’utilisation de la milice irlandaise catholique réputée pour sa violence, et les « yeomen » (des forces locales servant le gouvernement) dans le but de découvrir des armes rebelles cachées. Ils eurent recours à la torture, aux arrestations et aux incendies de maisons. L’armée anglaise du Général Lake lança une campagne de terreur, brûlant des habitations, massacrant le bétail, torturant et tuant des villageois. Ces atrocités poussèrent les Irlandais Unis à accomplir leur dessein.

Malgré les arrestations de nombreux membres influents du mouvement – dont Lord Edward Fitzgerald, Samuel Neilson, John et Henri Sheares – les dirigeants fixèrent la date de l’insurrection au 24 mai 1798. Des paysans armés de piques, de fourches et de faux, accompagnés de femmes et d’enfants allaient rapidement rejoindre les Irlandais Unis. Au total, 100 000 Irlandais se soulevèrent contre le gouvernement anglais. En l’espace de quatre mois, 30 000 personnes furent tuées dont, principalement, des paysans, des femmes et des enfants.

La rébellion de 1798 fut l’événement le plus tragique et le plus violent de l’histoire irlandaise du XVIIIème siècle. En effet, des atrocités terribles furent commises en représailles par les deux camps, les Irlandais insurgés et l’armée anglaise. Des gens furent torturés, brûlés, tués et des femmes violées. La rébellion se déroula principalement dans des villes stratégiques occupées par des garnisons anglaises et sur des collines où se regroupaient et campaient les rebelles. Les forces opposées combattaient également sur les routes reliant ces villes.

Mieux équipée militairement, l’armée anglaise allait prendre l’avantage lors des combats dans les villes, et inversement, les engagements dans les campagnes allaient avantager les rebelles. A la différence de l’armée anglaise, les officiers de l’armée rebelle, à quelques rares exceptions près, n’étaient pas des militaires de carrière. Beaucoup d’entre eux avaient servi auprès des Volontaires Irlandais mais n’avaient jamais livré de combats. De nombreux vétérans de cette armée ayant été arrêtés avant l’insurrection, de jeunes officiers inexpérimentés durent apprendre l’art militaire sur le terrain.

A l’exception des rebelles du comté du Wexford, les insurgés n’allaient guère faire preuve d’habileté tactique, choisissant le plus souvent des attaques frontales meurtrières pour leurs propres troupes. A Dublin, le premier jour de la rébellion, les Irlandais Unis s’emparèrent des malles-poste, donnant ainsi le signal de l’insurrection. Ceux-ci furent néanmoins rapidement écrasés par les forces anglaises, et virent leur rêve de prendre le contrôle de la capitale disparaître à jamais. Mais alors que les Irlandais Unis de la région de Dublin étaient vaincus, ceux de la province d’Ulster, menés par le presbytérien Henry Joy McCracken, se soulevèrent à leur tour. Le 7 juin, 3000 Irlandais Unis attaquèrent la ville d’Antrim et, le 9 juin, la rébellion, menée par le protestant Henri Munroe, s’étendit au comté de Down.

La bataille la plus célèbre d’Ulster fut celle de Ballinahinch au cours de laquelle les rebelles furent néanmoins battus par des forces anglaises amplement supérieures aux leurs. Le gouvernement anglais disposait de 100 000 hommes en Irlande, contre 15 000 Irlandais Unis; aussi les forces étaient-elles très inégales. Armés principalement de piques, équipés de peu d’armes à feu et de seulement quelques canons, face à l’artillerie anglaise et aux charges de cavalerie, les rebelles essuyèrent défaite sur défaite. Dans les mains des rebelles inexpérimentés, les mousquets pris sur les cadavres des soldats de l’infanterie anglaise n’étaient pas d’une grande utilité, trop difficiles, voire impossibles à manier.

La révolte d’Ulster dura moins d’une semaine avant d’être écrasée par l’armée anglaise. Henry McCracken et Henry Munroe furent alors capturés et exécutés par pendaison. Pendant ce temps, dans le sud-est, à Wexford et dans les montagnes du Wicklow, la rébellion prit des proportions beaucoup plus conséquentes. Ainsi, dès le 29 mai, les Irlandais Unis avaient pris le contrôle de la partie nord et centrale de la ville de Wexford. Ils pensaient pouvoir rapidement conquérir les autres villes du comté, ne sachant pas que la rébellion au nord du Leinster avait été écrasée, et qu’aucune autre révolte ne se déclencherait dans les comtés avoisinants.

Le foyer de la rébellion resta donc le comté de Wexford lequel s’érigea en république administrée par un Directoire de huit hommes – quatre protestants et quatre catholiques. Edward Roche, l’un des dirigeants des Irlandais Unis de Wexford, lut la proclamation de la république aux Irlandais et justifia leur action au nom de l’indépendance de l’Irlande. Les insurgés de Wexford remportèrent une série de victoires et prirent les deux plus grandes villes du comté – Enniscorthy et Wexford – mais furent néanmoins incapables d’étendre la rébellion aux comtés les plus proches en raison de leurs défaites à New Ross (5 juin) et à Arklow ( 9 juin). La défaite de New Ross fut un désastre pour les rebelles.

Sur les 10 000 hommes engagés au début de la bataille, seuls 3000 survécurent. Lors de l’attaque, à l’est d’Arklow, les rebelles perdirent certains de leurs meilleurs combattants. Sous le commandement du Général Needham, la très grande majorité des 1500 rebelles, n’était, une fois encore, armée que de piques, de fourches et de faux, très peu sachant se servir d’armes à feu. Au cours de la bataille proprement dite, ils perdirent des leaders importants dont le Père Michael Murphy ce qui les poussa finalement à abandonner leur assaut. Plus de 500 rebelles furent tués et des centaines furent blessés. N’ayant pu prendre Arklow, les rebelles restèrent cantonnés au sud-est du comté au lieu de rejoindre la rébellion se déroulant en Ulster. L’échec à Arklow signifiait qu’il leur était désormais impossible de rejoindre Dublin et d’organiser une révolution dans tout le pays.

Dans les comtés de Wicklow et de Wexford les maisons, les églises et les commerces furent brûlés par les deux camps. Une fois l’insurrection terminée, il ne restait quasiment plus de maisons encore debout dans l’ouest et le sud du comté de Wicklow. Le 12 juin, tout espoir de conquérir la ville de New Ross s’était évanoui. Les insurgés commençaient sensiblement à manquer d’armes et de munitions. En Ulster, au cours de la bataille de Ballynahinch, le 13 juin 1798, les rebelles, toujours aussi faiblement armés, avaient été vaincus par les hommes du Général Nugent, et seule une invasion française semblait désormais pouvoir sauver les rebelles du comté de Wexford. Le 16 juin, les renforts anglais, tant attendus, arrivèrent à Dublin, ce qui permit au Général Lake de concentrer ses troupes et de coordonner une attaque sur Wexford, seule ville irlandaise restant encore aux mains des insurgés.

Le 21 juin, les rebelles se replièrent tous à Vinegar Hill, près d’Enniscorthy, afin de livrer bataille aux 10 000 hommes du Général Lake. Bien qu’ayant occupé la colline pendant un mois, les insurgés n’avaient ni fortifié leur position, ni organisé de défense. Malgrè la participation courageuse des femmes au combat, épuisée et à cours de munitions, l’armée rebelle fut finalement contrainte de se retirer de la colline. La cavalerie britannique pourchassa et tua tous ceux qu’elle voyait s’enfuir. Toutefois, la très grande majorité de l’armée rebelle réussit à éviter l’encerclement et à se retirer de Vinegar Hill sans dommage. Le général Lake avait atteint son objectif, capturer Vinegar Hill, mais l’armée ennemie restait, donc, largement intacte.

Le gros des troupes insurgées poursuivit le combat pendant un mois dans les montagnes du Wicklow et à l’ouest du comté de Wexford avant d’être finalement contraint de se rendre. Les leaders de la rébellion dans les différents comtés furent tous condamnés à mort et exécutés, pour avoir trahi le gouvernement anglais. Un mois plus tard, le 22 août 1798, une flotille de trois bateaux français arriva sur la côte ouest irlandaise alors que l’insurrection touchait à sa fin. Environ 1000 militaires chevronnés, conduits par le Général Humbert, accostèrent à Killala dans le comté de Mayo. D’autres expéditions françaises devaient suivre avec des renforts d’hommes et de munitions.

Cependant, Hardy, le Général français qui dirigeait l’expédition suivante dut faire face à des problèmes financiers et météorologiques, et ne parvint à gagner les côtes irlandaises, en compagnie de Wolfe Tone, que le 16 septembre. Napper Tandy réussit à accoster avant eux avec ses 400 soldats et une importante cargaison d’armes et de munitions.

Le 22 août, le Général Humbert et ses hommes réussirent à repousser la petite garnison anglaise présente sur place et à s’emparer de la ville de Killala. Le général Humbert déclara à la population qu’ils étaient venus dans le but de libérer l’Irlande du joug anglais. Des centaines d’Irlandais Unis vinrent se joindre à eux et les aidèrent à préparer les opérations à venir en réquisitionnant des provisions au nom du gouvernement provisoire du Connacht. En apprenant l’arrivée des Français, les Commandants anglais Cornwallis et Lake ordonnèrent l’envoi de renforts dans le Connacht.

Ne sachant pas si le Général Hardy avait accosté et croyant que la meilleure défense était l’attaque, le Général Humbert et ses hommes se lancèrent à l’assaut de la position anglaise de Ballina, à quelques kilomètres de Killala. Ils parvinrent, le 27 août, à prendre la ville de Castlebar aux mains des Anglais et à s’emparer d’armes, de munitions et de pièces d’artillerie. Cette victoire impressionnante permettait au Général Humbert de contrôler la moitié du comté de Mayo et une importante partie des côtes ouest de l’Irlande. Des Irlandais Unis de tous les comtés continuèrent à venir grossir les rangs de l’armée française. La république fut proclamée le 31 août et John Moore élu président.

Mais les généraux anglais renforcèrent leurs garnisons dans le comté et se préparèrent à attaquer Castlebar. Sans aucune force d’opposition, la ville fut très facilement reprise par les Anglais. En effet, se sentant menacés, le Général Humbert et 1000 Irlandais Unis avaient quitté Castlebar précipitemment le 4 septembre, et se dirigeaient rapidement vers le comté de Sligo dans le but de rejoindre l’Ulster. Sur leur route, ils durent livrer bataille au Général Lake qui les talonnait. Mais, sans aucune nouvelle des renforts français tant attendus, les chances de succès de l’expédition française diminuèrent de plus en plus. Le Général Humbert conduisit ses troupes à Ballintra et traversa le fleuve Shannon.

Les Français et les Irlandais Unis s’opposèrent à l’armée anglaise sur une petite colline à Ballinamuck, entre Cloon et Granard, dans le comté de Longford. Là, ils furent très rapidement vaincus, le 8 septembre 1798. Les Français opposèrent un semblant de résistance, pour la forme, alors que les Irlandais Unis se battirent courageusement. Le Général français et ses hommes, démotivés face à l’importance des forces anglaises, se rendirent très rapidement, laissant les Irlandais se faire massacrer. C’est ainsi qu’au total plus de 500 Irlandais Unis furent tués, sabrés par la cavalerie ou mitraillés dans les tourbières. Toutefois un millier parvint à s’enfuir. Seulement 20 soldats anglais périrent, les pertes françaises étant, quant à elles, extrèmement faibles.

Tandis que les Français étaient traités comme des prisonniers de guerre et renvoyés en France par le premier bateau, les Irlandais furent, pour la plupart, exécutés par balle ou par pendaison.

Lors de cette expédition en Irlande le nombre de morts français s’éleva à 22 et le nombre de blessés à 14 ! Deux semaines après leur victoire à Ballinamuck, les Anglais reprirent Killala, laissant plusieurs centaines de rebelles morts. La république du Connacht n’existait plus. John Moore, son président, fit partie de ceux qui furent jugés hâtivement et pendus. Une semaine plus tard, donc le 16 septembre, l’expédition de renfort, forte de 3000 hommes conduits par le Général Hardy, accompagné de Wolfe Tone, accosta dans la baie de Rutland (Donegal). La flotille tomba sur l’escadre anglaise et dut se rendre. Wolfe Tone fut reconnu, arrêté et conduit à Dublin.

Traduit en cour martiale le 10 novembre, il revendiqua ses actes et réclama, par égard pour son uniforme de chef de Brigade de l’armée française, d’être fusillé comme un soldat et non pendu comme un malfaiteur. Ses juges le condamnèrent, néanmoins, à la pendaison. Mais, refusant la corde infâme, il se trancha la gorge dans sa cellule et agonisa pendant une semaine avant de mourir, le 19 novembre 1798. Sa mort marqua la fin définitive de l’insurrection de 1798.

Il est impossible de connaître le nombre réel d’Irlandais Unis tués lors de cette rébellion, puisque le premier recensement en Irlande n’eut lieu qu’en 1821. Cependant, on estime qu’entre 50 000 et 60 000 Irlandais périrent. La conséquence politique immédiate de ce conflit fut l’abolition du Parlement irlandais en 1801, alors que son indépendance législative était acquise depuis 1782. Désormais, le sort des Irlandais dépendait des pleins pouvoirs du Parlement de Londres. L’île était rattachée à la Grande Bretagne par l’Acte d’Union, lequel donna naissance au Royaume Uni. (…).

Source.

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