RSF : Le seul monument digne des grévistes de la faim, c’est une Irlande libre des 32 comtés

Discours de Des Dalton, président de Republican Sinn Féin, en hommage aux républicains irlandais morts en grève de la faim.

Prenant la parole lors de la commémoration du 30è anniversaire des grèves de la faim de 1981 dans les blocs-H de Long Kesh, tenue au mémorial de Thomas Ashe à Tralee dans le comté de Kerry le samedi 4 juin, le président de Republican Sinn Féin Des Dalton a prononcé le discours suivant :

Il y a trente ans, dix jeunes républicains sont morts pour un idéal. Ils sont morts comme beaucoup d’autre avant eux, afin que la nation irlandaise puisse vivre libre. Comme l’a écrit Liam Mellows dans les heures qui précédèrent son exécution : « La République vit; nos morts font de cela une certitude. »

L’année 1981 prend sa place aux côtés d’autres années qui ont marqué au fer rouge le peuple irlandais, comme les années 1798, 1803, 1848, 1867, 1916 et 1969. Le sacrifice de Bobby Sands et de ses camarades fut un cri pour la nationalité qui a trouvé un écho dans le monde entier. C’est le comté de Kerry qui a produit le premier gréviste de la faim, Tomás Ághas [‘Thomas Ashe’ en anglais]. Le 25 septembre 1917, il devint le premier républicain irlandais à mourir suite à une grève de la faim, alors qu’on tentait de le nourrir de force à la prison de Mountjoy. Cet endroit est donc approprié pour se rassembler et commémorer les dix hommes qui ont marché sur les pas d’Ashe il y a trente ans.

Ce sont en tout 22 républicains irlandais qui sont morts en grève de la faim dans les prisons de la Grande-Bretagne et du Free State, de 1917 à 1981. Chaque génération de républicains a défendu le droit à recevoir un statut de prisonnier politique et a ce faisant défendu la nature politique de la lutte engagée.

L’arrière-fond des grèves de la faim de 1981 était la politique britannique visant à criminaliser le combat historique de l’Irlande pour la liberté et la volonté de résistance des républicains irlandais.

Certains tenteront d’attribuer leurs propres vues et opinions aux martyrs de la liberté irlandaise, mais on ne peut les juger que par ce qu’ils ont fait et dit. Leurs paroles portent le testament de leurs motivations et de leurs idéaux. Lors des premiers jours de son jeûne pour la justice, Bobby Sands rappelait pourquoi il était prêt à faire le sacrifice ultime : « J’ai la conviction de n’être qu’un de ces misérables Irlandais issus d’une génération insurgée, avec au cœur un désir de liberté profondément enraciné et inextinguible. Je ne vais pas mourir seulement pour que finisse la barbarie des Blocs-H, ou pour obtenir la juste reconnaissance du statut de prisonnier politique, mais en premier lieu par ce que tout ce qu’on perd ici est perdu pour la République et pour ces misérables opprimés que je suis profondément fier de reconnaître en tant que « peuple insurgé ».

Le 17 mars, Sands déclara : « S’ils ne sont pas capables de détruire le désir de liberté, il ne te briseront pas. Ils ne me briseront pas parce que le désir de liberté et de la liberté du peuple irlandais, gît dans mon cœur. Lorsque tout le peuple d’Irlande montrera ce désir de liberté, le jour tombera, et ce sera le soulèvement de la lune » [‘the rising of the moon’, nom populaire de la révolte des Irlandais Unis de 1798].

Dans une lettre intitulée « Au peuple du Sud-Derry et des alentours », Francis Hughes écrivit de façon particulièrement claire la raison de la grève de la faim. « Vous devez comprendre l’importance de ce qui se passe ici. La révolte prolongée est devenu bien davantage qu’une petite affaire pénitentiaire pour le gouvernement britannique. Ses racines plongent dans les onze années de lutte qui ont été menées tout autour de vous et son issue pèsera lourd dans la question de savoir sur les Britanniques restent ou s’en vont. »
Il conclut par ces mots : « Je n’ai pas de plus grand titre de gloire que de m’affirmer irlandais et d’avoir eu le privilège de combattre pour le peuple irlandais et pour l’Irlande. S’il m’incombe un devoir, je l’accomplirai jusqu’au bout avec la conviction inébranlable que nous sommes un peuple noble et que les chaînes et les entraves ne peuvent rien sur nous. »

Quant à Raymond Mac Creesh, il disait : « Aucune des armées de tous les empires de la terre ne peut écraser l’esprit d’un homme véritable, et cet homme triomphera ».

Aujourd’hui dans la prison de Maghaberry, les prisonniers républicains ont de même opposé leur résistance toutes les tentatives menées par le gouvernement britannique et le régime fantoche de Stormont de les criminaliser, eux et la cause pour laquelle ils ont subi la privation de leur liberté, c’est-à-dire le droit de l’Irlande à l’indépendance nationale.

L’accord, qui fut acquis grâce aux médiateurs indépendants le 12 août dernier, suite à une bataille de quatre mois menée par les prisonniers de guerre contre toutes les tentatives de criminalisation, a été désavoué par le régime de Stormont et son ministre David Ford.

Nous saluons les hommes à Maghaberry pour leur lutte et nous appelons à la suppression des fouilles corporelles et des entraves au mouvement des prisonniers. Nous appelons à l’application pleine et entière des accord obtenus par les prisonniers républicains.

En outre, nous applaudissons tous ceux qui sont venus de toute l’Irlande pour protester contre la visite récente de la Reine d’Angleterre. Par leur présence, ils ont montré que l’esprit du républicanisme irlandais révolutionnaire était bel et bien vivant.

Renforcer la domination britannique et l’administrer en Irlande ne fait que prolonger le conflit entre l’Irlande et l’Angleterre. Telle est le défaut inhérent à tous les accords depuis le traité de capitulation de 1921. La leçon de l’histoire irlandaise ne saurait être plus claire. Tant que restera en Irlande quelque vestige de l’occupation britannique, il y aura toujours une partie du peuple irlandais prête à la résistance.

Un avenir brillant luira devant les yeux de tous ceux qui font partie du peuple irlandais lorsque le Gouvernement britannique déclarera son intention de se retirer d’Irlande. Les propositions de Republican Sinn Féin pour une nouvelle Irlande fédérale, Éire Nua, fera de la République de toute l’Irlande de 1916 une réalité pour tous ceux qui font partie du peuple irlandais.

Je conclurai en citant les mots d’un autre martyr de 1981. Thomas McElwee a dit ceci, dans une lettre au peuple du Sud-Derry écrite cinq jours après son entrée en grève de la faim : « Le gouvernement britannique ne baissera la tête que devant une force plus puissante que celle de son armée impériale. Cette force existe à présent dans notre pays. Cette force, c’est le peuple soulevé et uni. Avec la force de cette unité, nous regagnerons les droits de nos prisonniers politiques incarcérés derrière les barbelés et l’acier de ces camps britanniques. Avec cette campagne, nous marchons vers l’unité et libérons notre nation depuis longtemps opprimée. La clé réside dans chaque individu irlandais. Je vous implore de vous servir de cette clé. »

An Phoblacht Abú

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