Au sujet de l’accord secret entre l’IRA et l’Union Soviétique de 1925

La République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie (qui devient l’URSS en 1922) est le premier et seul Etat du monde à avoir reconnu la République Irlandaise de 1919. La reconnaissance diplomatique fut réciproque. Plus tard, en 1925, après la guerre civile entre le Free State et les républicains, fut scellé un pacte secret entre l’IRA et l’URSS, inaugurant des rapports militants qui n’ont pas été sans difficultés et qui se terminèrent cinq ans plus tard. Voici le récit de ce fascinant épisode.

Suite aux récentes découvertes du crytologue James Gillogly, d’anciens documents de l’IRA ont pu révéler leur substance. Il s’agit entre autres de la collaboration entre l’IRA et l’Union Soviétique dans les années 1920. Dans son livre Decoding the IRA (Mercier Press, 2008), Tom Mahon fait le point et nous livre ici un résumé.

A l’été 1925, deux ans après la défaite de l’IRA dans la guerre civile, l’organisation envoya une délégation à Moscou pour solliciter une aide financière et des armes à l’Union Soviétique. D’après l’historien Tim Pat Coogan, les soviétiques auraient demandé à leurs invités : « Combien d’évêques avez-vous pendu? » et comme la réponse fut : « Aucun », les Soviétiques rétorquèrent : « Ah, vous n’êtes vraiment pas des gens sérieux ».

La délégation était emmenée par le fameux guérillero P. A. Murray, qui s’entretint en privé avec Joseph Staline. Bien que ce dernier eût émis des réserves quant aux compétences et à la détermination de l’IRA, les deux parties purent, très tôt après, passer un accord secret : l’IRA ferait de l’espionnage pour les Soviétiques en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, et soutiendrait leurs objectifs stratégiques, et recevrait en échange une paye mensuelle de 500£.

Peu après l’approbation du pacte, Frank Aiken, lieutenant loyal de Eamon de Valera, fut démis de sa fonction de chef d’état-major et remplacé par Andy Cooney, lequel laissa le bâton de commandement à Moss Twomey. Pendant les années qui suivirent, Twomey et son proche collaborateur Cooney, supervisa la relation entre l’IRA et l’Union Soviétique. Cette relation resta l’un des secrets les mieux gardés de l’IRA, qui n’y fit presque jamais référence dans ses communications écrites, sauf dans des messages codés d’une façon extrêmement élaborée.

L’IRA était en contact avec des officiels des services d’espionnage de l’Armée Rouge à Londres et à New York, c’est d’ailleurs dans cette ville que l’enveloppe mensuelle était donnée. Le plus haut gradé de l’IRA à Londres passait à son correspondant des renseignements d’ordre militaire, concernant par exemple des précisions sur le système britannique de détection des sous-marins ou sur les moteurs des avions bombardiers, ou bien des journaux et des manuels de l’armée britannique, ou encore des masques à gaz. En outre, il donnait de faux passeports destinés à un agent communistes opérant en Roumanie qui se faisait passer pour un Irlandais commerçant en laine!

Toutefois, c’est à New York que les Soviétiques reçurent les renseignements les plus précieux, de la part d’un agent nommé ‘M. Jones’. Les sources de Jones devaient être des militaires étatsuniens, puisqu’il rapportait des  renseignements extrêmement précis sur l’état de l’armement chimique, sur les masques à gaz, des détails sur les mitrailleuses et sur les moteurs des avions de guerre. D’après Jones lui-même, l’espionnage soviétique ne serait arrivé à rien sans les informations qu’il lui avait données.

A cette époque, les Soviétiques qui redoutaient une invasion de leur pays, soutenue par l’Etat britannique, demandèrent à Jones de planifier le naufrage de cargos britanniques partant de New York vers l’Angleterre, en cas de guerre avec l’URSS. Jones expliquait à Moss Twomey, alors à Dublin, que « dans l’état d’excitation engendré par les conditions d’une guerre, nous pourrions compter sur presque tous nos hommes pour faire quoi que ce soit, mais nous ne pourrions pas donner la garantie qu’il n’y aurait aucun blessé, tué ou capturé ».  D’après Twomey, « ces destructions étaient des choses faisables, mais à condition d’être faites en secret et sans capture de nos agents ». Jones, quant à lui, se jetait à corps perdu dans son travail :

« Mon travail devient de plus en plus difficile… le vin et les femmes. Je viens de tomber sur les bonnes personnes et je peux produire du matériel de grande valeur, mais je dois arroser tout cela de bon whiskey et veiller toute la nuit à picoler avec des prostituées et les gens qui me disent ces choses… je ne tiendrais pas longtemps à ce rythme. »

L’une des conséquences les plus bizarres de l’accord fut la tentative de l’IRA de soutenir les intérêts soviétiques en Chine. Les Soviétiques soutenaient massivement Chiang Kai-shek, qui à ce moment était allié avec les communistes chinois dans le combat contre les seigneurs de la guerre, qui étaient soutenus par le Japon et la Grande-Bretagne. Le Conseil Militaire de l’IRA déclara que « le principe de faire partir des volontaires en Chine était approuvé, pourvu que les conditions du service et le coût du voyage fussent satisfaisants ». Pendant ce temps, le bataillon écossais de l’IRA revendiqua l’envoi de 200 bombes en Chine, et Twomey ordonna que l’unité de l’IRA à Liverpool détruise les cargos remplis d’armes et de munitions à destination des seigneurs de la guerre.

Bien que les soviétiques n’eussent pas vraiment l’intention de procurer des armes à l’IRA, des gradés des services secrets de l’Armée Rouge continuaient de faire croire à leurs correspondants qu’ils les recevraient. Jones rapportait ainsi que son contact lui avait promis de « nous donner tout le matériel qu’il nous faudrait ».

Les Soviétiques et l’IRA mirent fin à leur relation, chacun ayant ses raisons. Moss Twomey considérait l’accord comme un moyen d’obtenir de l’argent et éventuellement des armes. Bien qu’il y eût un certain nombre de marxistes influents dans la direction de l’IRA ( le plus connu étant Peadar O’Donnell), Twomey voyait les choses de façon beaucoup plus utilitaire qu’idéologique. Quant aux Soviétiques, ils voulaient des renseignements sur les armements britanniques et étatsuniens et souhaitaient que l’IRA promeuve des orientations pro-soviétiques en Irlande et ailleurs.

Ils n’approvisionnèrent pas l’IRA en armes pour éviter qu’elles ne soient capturées et tracées. Ils redoutaient la Grande-Bretagne et avaient besoin d’elle comme partenaire commercial. A prospos des Soviétiques, Moss Twomey dit les choses suivantes : « Ces gens sont trop changeants, ils sont là pour nous exploiter. S’il n’y avait nos besoins pressants de cash, je ne serais pas un partisan de cet accord. » Frank Aiken, de son côté, parlait des Soviétiques comme de « bousilleurs finis ».

En 1926, les Soviétiques firent abruptement baisser la somme mensuelle à 100£, s’étant plaints de la baisse de la qualité du travail mené à Londres, et faisant référence à la crise financière dans leur propre pays. Etant donné qu’il fallait 400£ par mois pour faire fonctionner l’IRA, ce fut une véritable catastrophe. Moss Twomey étant incarcéré dans la prison de Montjoy, Andy Cooney se précipita à Londres pour y rencontrer l’agent secret soviétique, mais la rencontre fut sans succès. Dans les mois qui suivirent, l’IRA dut mettre au chômage la plupart de ses cadres à plein temps et ne put pas payer ceux qui restaient à l’état-major. Afin de faire pression sur les Soviétiques, on ordonna à Jones de ne plus faire parvenir ses messages à son correspondant à New York. Finalement, en mai 1927, les Soviétiques donnèrent une enveloppe de 1.000£.

En novembre 1927, une convention de l’IRA fit le serment de soutenir militairement l’Union Soviétique en cas de guerre contre la Grande-Bretagne, en en 1930, un haut-gradé de l’IRA, Sean MacBride, affirma qu’il était possible que l’IRA reçût une aide ‘substantielle’ de Moscou et d’y recevoir des formations militaires. C’est à cette époque que les Soviétiques tournèrent casaque. Ils étaient ravis des renseignements qu’ils recevaient, mais beaucoup moins de la perspective d’être associés aux plans ‘terroristes’ de l’organisation. En outre, comme le disait Ignace Poretsky, agent secret soviétique établi en Hollande, « l’IRA était convaincue que ses propres problèmes étaient ce qu’il y avait de plus important au monde ». Leur manque de subordination et de correction idéologique firent qu’ils ne furent plus considérés comme des partenaires valables de l’URSS, et Moscou changea ses plans. C’est ainsi que se termina l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire de l’IRA.

Ni les services secrets britanniques ni le FBI se semblent avoir été tout à fait au courant de la relation clandestine de l’IRA avec l’Union Soviétique, bien qu’une telle relation présentât un risque certain pour la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. En 1940, J. Edgar Hoover, le directeur du FBI, écrivit dans un rapport confidentiel : « Le Bureau n’a pas été vraiment concerné par les activités de l’Armée Républicaine Irlandaise.

Source.

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2 commentaires pour Au sujet de l’accord secret entre l’IRA et l’Union Soviétique de 1925

  1. Liam dit :

    « Mon travail devient de plus en plus difficile… le vin et les femmes. Je viens de tomber sur les bonnes personnes et je peux produire du matériel de grande valeur, mais je dois arroser tout cela de bon whiskey et veiller toute la nuit à picoler avec des prostituées et les gens qui me disent ces choses… je ne tiendrais pas longtemps à ce rythme. »

    Ils auraient du m’envoyer a sa place, j’aurais pu tenir

  2. peadar dit :

    tu parles,espèce de débauché! tu aurais fini par les insulter et te battre avec les perdreaux

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