James Connolly : La classe laborieuse dans l’histoire irlandaise

Voici l’avant-propos de l’œuvre de James Connolly intitulée Labour in Irish history, publiée en 1910.

AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR

Pour Mrs Stopford Green, dans son remarquable ouvrage, ‘The Making of Ireland and ils Undoing’ [‘Formation et destruction de l’Irlande’], qui est à notre connaissance la seule étude sur l’histoire de l’Irlande à appliquer des méthodes scientifiques modernes, la dispersion du peuple irlandais sous Henry VIII et Elizabeth a entraîné la destruction de la culture traditionnelle, c’est-à-dire la rupture avec la coutume et le droit gaéliques. Selon l’auteur, les Irlandais qui avaient fait leurs études à l’étranger se détachaient des traditions de l’ancienne Erin, et tombaient dans une ignorance telle qu’ils ne comprenaient plus ni l’esprit du Code de Brehon [« Brehon » : juriste dans la civilisation celte] ni l’ordre social dont il était l’expression juridique.

« Ils soutenaient, écrit-elle, la thèse si contraire à la loi immémoriale de l’Irlande, que seuls des hérétiques avaient pu concocter dans leurs marmites infâmes, cette idée que le peuple a le droit d’élire ses chefs et de conférer à qui il veut l’autorité suprême. » En d’autres termes, les Irlandais modernes, formés selon des principes d’éducation étrangers, avaient adopté le système féodalo-capitaliste instauré par l’Angleterre en Irlande et ils cherchaient à le faire accepter par les Irlandais gaéliques. La décomposition des clans, achevée par Cromwell, consomma en définitive la ruine de l’Irlande gaélique. Désormais, en matière d’éducation supérieure des Irlandais, ce fut l’étranger qui fournit le modèle, l’étranger qui donna le ton.

Autrement dit, la culture gaélique des chefs de clans fut brutalement détruite au XVIIè siècle et remplacée par les méthodes éducatives des despotes européens du continent. On les inculqua aux étudiants irlandais, qu’on renvoya ensuite dans leur pays pour prêcher la croyance fanatique dans les prérogatives royales et féodales, croyance aussi étrangère au génie gaélique que les maîtres anglais sur le sol de l’Irlande. Quel éclairage cela jette-t-il sur l’histoire irlandaise des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles! Quelle belle démonstration sur l’origine réelle de cette prétendue « vénération des Irlandais pour l’aristocratie, » que décrivent avec tant d’éloquence les littérateurs charlatans de la bourgeoisie irlandaise ! On s’aperçoit que cette vénération est tout aussi exotique, tout aussi importée, que la caste aristocratique qui en est l’objet. L’une et l’autre ont été :
« … d’immondes fleurs étrangères
Qu’on fit pousser ici pour empoisonner nos plaines. »

Mais cet insidieux mensonge sur l’attirance des Irlandais pour l’aristocratie s’est profondément enraciné dans l’idéologie. Il faudra beaucoup de temps pour l’extirper de la tête des gens ou pour leur faire prendre conscience que c’est toute l’interprétation classique de ces deux cents dernières années d’histoire irlandaise qui constitue une trahison et un abandon de nos meilleures traditions populaires. C’est là un problème qu’il nous faut examiner de plus près.

Un cours d’eau ne peut naître plus haut que sa source, une littérature nationale ne peut devancer l’état des mœurs d’une société dans laquelle elle puise son inspiration. Si nous voulons comprendre la littérature nationale d’un peuple, il nous faut étudier ses structures sociales et politiques, sans jamais perdre de vue que ses écrivains en sont le produit et que ce qu’ont enfanté leurs cerveaux a été conçu et mis au monde dans des conditions historiques déterminées. Dépossédée de son ancien système social, l’Irlande a été du même coup dépossédée de sa langue nationale, par laquelle se transmettait la culture de ses couches dirigeantes. Cette double perte provoqua l’arrêt prolongé du développement social, national et culturel du pays. Dans les dernières années du XVIIè siècle, pendant tout le XVIIIè et la majeure partie du XIXè, les Irlandais sont devenus, socialement et politiquement, les ilotes de l’Europe.

Le paysan irlandais, qui avait été un homme libre du clan, possédant ses terres tribales et exerçant un pouvoir collectif avec ses compagnons, fut réduit à l’état de simple occupant précaire [« Tenant at will »: tenancier sans bail de ferme, révocable à volonté, par opposition au « lease holder » qui passait contrat] menacé par l’expulsion, le déshonneur, l’ignominie et soumis à un propriétaire privé qui n’avait de comptes à rendre à personne. Politiquement, il n’avait pas d’existence ; juridiquement, il n’avait aucun droit ; intellectuellement, submergé par le poids de sa déchéance sociale, il cédait à l’emprise avilissante de la pauvreté. Vaincu par la conquête, il subissait toutes les terribles conséquences de la défaite, sous la domination d’une classe dirigeante et d’une nation qui ont toujours suivi le vieux précepte des Romains :« Malheur au vaincu ».

Pour ajouter à son humiliation, ceux de son nom, ceux de son peuple, qui avaient trouvé moyen d’échapper à la ruine générale et qui avaient pu envoyer leurs enfants s’instruire à l’étranger, découvraient que ces « wild geese » [« Oies sauvages »: surnom donné aux émigrés irlandais qui revenaient comme mercenaires de l’Angleterre], qui étaient partis vers la France, l’Italie ou l’Espagne pleins de haine pour la Couronne d’Angleterre et la cohorte de landlords [« Landlord »: grand propriétiare foncier] anglais installés en Irlande, revenaient au pays transformés en partisans catholiques d’un prétendant au trône d’Angleterre. Ils usaient de tout le prestige de leur éducation étrangère pour discréditer l’idéal gaélique d’égalité et de démocratie et pour distiller en échange dans l’esprit de la jeune génération les idées féodales du droit divin des rois à régner et des sujets à obéir aveuglément. Les étudiants irlandais des universités du continent ont été les premiers fruits d’un plan que la Papauté continue de mettre en œuvre avec son habileté coutumière et une persévérance indifférente aux siècles qui s’écoulent : considérer l’Irlande catholique comme un simple instrument de reconquête spirituelle de l’Angleterre au catholicisme.

Au XVIIIè siècle, c’est en Irlande que ce plan a accompli son œuvre la plus meurtrière. Sans doute n’est-il pas parvenu à entraîner un seul travailleur irlandais des villes ou des campagnes dans la lutte pour la cause des Stuart, au temps des Révoltes écossaises de 1715 et 1745 [La révolte de 1715 éclata, surtout dans les Highlands, pour soutenir les prétentions au trône du fils de Jacques II, frère de la reine Marie et de la reine Anne (Stuart), « Jacques III » (1688-1766), surnommé « le Prétendant » ou le « Chevalier de Saint-Georges ». L’Écosse avait été rattachée à l’Angleterre par Anne Stuart, en pleine Guerre de Succession d’Espagne (Acte d’Union de 1707). A la mort d’Anne (1714), une guerre de prétendants se déclencha entre la branche aînée (Jacques Stuart, catholique) et la branche cadette des Stuarts, dont le représentant, l’Électeur de Hanovre, qui était protestant, devint roi sous le nom de Georges 1er. Cette révolte fut facilement écrasée, car Jacques Stuart tarda à se manifester. De retour en exil en France, il alla même jusqu’à indemniser les dommages causés par ses propres fidèles. En revanche, la révolte de 1745 fut plus grave. Charles-Edouard Stuart, fils de « Jacques III», (1720-1788), tenta de profiter de la guerre de Succession d’Autriche, pour relancer ses revendications au trône d’Angleterre. Après une première tentative manquée de débarquement avec l’aide de la flotte française, il parvint en Ecosse en juillet 1745. Ralliant les clans des Highlands, il fit une brillante campagne et s’empara d’Edimbourg. Puis, il marcha sur Manchester et parvint jusqu’à Derby. Mais l’indiscipline de ses troupes et le peu de soutien des « Jacobites » anglais le firent remonter vers le Nord. Il fut écrasé à Culloden et parvint à regagner la France, puis l’Italie, mais ses troupes furent massacrées en représailles] mais, malgré cet échec pitoyable, il les a empêchés de défendre leur propre cause ou de tirer parti des querelles intestines de leurs ennemis.

Il a fait pire. Il a tué l’Irlande gaélique : un Catholique parlant irlandais ne pouvait servir de missionnaire du catholicisme en Angleterre, et un paysan irlandais attaché à la langue de ses ancêtres risquait de tenir tout autant aux principes qui avaient régi la société et la civilisation où ils avaient vécu et prospéré pendant de longues années. De tels principes étaient détestables pour les collateurs français, espagnols ou pontificaux des collèges irlandais du continent, plus détestables que pour les monarques anglais eux-mêmes. De sorte que les pauvres Irlandais étaient non seulement des parias dans le système social de leur époque, mais ils perdaient encore tout espoir de voir renaître et revivre leur culture grâce aux succès de leurs enfants. A leurs enfants, on enseignait le mépris de la langue et des traditions paternelles. La littérature irlandaise de langue anglaise est née à cette époque, où le paysan irlandais, réduit au dernier degré de l’oppression, pouvait tout au plus espérer qu’on ait pitié de lui comme on a pitié d’un animal. Elle n’était pas écrite pour les Irlandais comme l’aurait été une véritable littérature nationale ; elle était écrite par des Irlandais, elle les prenait pour thème, mais elle était destinée aux Anglais et aux Anglo-Irlandais.

C’est ce qui permet de dire que, dans la littérature anglaise, l’Irlandais est apparu avec l’excuse aux lèvres. Ses créateurs n’avaient aucune idée de ce qu’avait été l’Irlandais libre et indépendant de l’Irlande gaélique, mais ils connaissaient fort bien l’Irlandais vaincu, volé, asservi, abruti, corrompu, qu’avait engendré la domination de générations de landlords et de capitalistes. Celui-là, ils l’avaient bien repéré et ils l’exhibaient à la face du monde en demandant aux autres nations de voir en lui le type même de l’Irlandais authentique.

Rampait-il devant un représentant du pouvoir royal, en un mouvement de soumission abjecte, né de cent ans de proscription politique et de dressage aux idées étrangères, on présentait fièrement sa bassesse comme l’exemple de « l’antique fidélité celte à la monarchie héréditaire ». Le souvenir des éternelles famines, des expulsions, des emprisonnements, des pendaisons, de l’occupation précaire de la terre, venait-il lui embrumer le cerveau et le pousser à s’humilier devant la classe supérieure ou à s’attacher comme un chien au destin d’un de ses membres, on citait sa flagornerie comme une manifestation de « l’antique vénération irlandaise pour l’aristocratie ». La précarité permanente de son existence engendrait-elle en lui, dans un système où la terre c’est la vie, le désir forcené de posséder un lopin pour assurer la subsistance des siens, on claironnait aussitôt, triomphalement, que cette faim de terre, toute récente, était la preuve de « l’attachement irlandais au principe de la propriété privée ». Qu’il soit bien entendu que nous ne parlons pas des Anglais qui calomnient les Irlandais, mais des Irlandais qui distribuent ce genre d’éloges à leur propre peuple. Les calomniateurs anglais n’ont jamais fait autant de mal que ces prétendus peintres de la personnalité irlandaise. C’est à la face du monde que les Anglais rabaissaient les Irlandais, tandis que les professeurs et écrivains de la bourgeoisie irlandaise les rabaissaient à leurs propres yeux, donnant pour des vertus typiquement irlandaises les vices les plus ignobles engendrés par des générations de servitude.

Ainsi, chaque fois qu’un paysan, ou un ouvrier, ou un artisan irlandais, se liguait avec ses compagnons pour lutter contre ses oppresseurs et défendre son droit de vivre sur la terre de ses ancêtres, les classes « respectables », toutes imbues d’idées étrangères, déploraient publiquement son action et l’attribuaient en douce « aux conséquences fâcheuses des erreurs de l’administration anglaise à l’égard de la personnalité irlandaise ».

Mais quand par hasard un Irlandais, rejetant toutes les traditions de son peuple, se mettait à marcher sur la tête de ses compatriotes pour devenir riche ou puissant, on donnait sa vie en exemple de ce dont étaient capables les Irlandais favorisés par la naissance ou par les circonstances. On peut dire que les dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième siècles ont été le chemin de croix du peuple irlandais. Le Gaël originel disparut et, à sa place, les politiciens bourgeois, les capitalistes et les prêtres s’efforcèrent de fabriquer un Irlandais hybride, contraint d’assimiler un système social, une langue, une personnalité, qui lui étaient étrangers. L’assimilation du système social et de la langue fut hélas un succès, un tel succès que, de nos jours, la majorité des Irlandais ignorent que leurs ancêtres ont pu connaître un autre régime de propriété, et qu’ils ont, dans leur propre pays, toutes les peines du monde à se débrouiller dans leur langue maternelle, qu’ils parlent avec l’accent hésitant des étrangers. Par bonheur, la personnalité nationale a été trop difficile à façonner aux moules respectables de l’étranger. Ce refus de céder à l’étreinte mortelle du conformisme capitaliste anglais a déjà provoqué un retour à la langue gaélique et va vraisemblablement faire aussi redécouvrir et réévaluer le système social dans lequel le peuple gaël a atteint le plus haut degré de civilisation et de culture en Europe.

Cette reconversion au principe gaélique de propriété collective des moyens de subsistance aura pour obstacle principal l’opposition de ceux qui se représentent la personnalité et l’histoire de l’Irlande à travers la littérature anglo-irlandaise dont ils sont imprégnés. Cette littérature, nous l’avons signalé, est apparue aux temps les plus abominables de la servitude de notre peuple, et elle en porte toutes les tares congénitales. Ironie suprême, ces marques de la servitude font l’admiration de nos chers professeurs, qui y retrouvent « les caractères innés de la personnalité celte ». L’une de ces tares originelles, c’est la foi dans le système social capitaliste. L’Irlandais s’en libère lorsqu’il découvre qu’en vérité le système capitaliste est radicalement étranger à l’Irlande.

Pendant plus de 250 ans, les classes moyennes et supérieures ont eu dans ce pays une attitude surprenante. Elles ont affirmé aux travailleurs que leur devoir sacré, pour défendre leur peuple et leur religion, était de préserver un ordre social contre lequel leurs ancêtres gaëls avaient lutté plus de 400 ans, en bravant la prison, la famine et la guerre. A l’inverse des Normands venus s’installer en Irlande, dont on disait qu’ils étaient devenus « plus irlandais que les Irlandais », les classes riches d’Irlande devinrent plus anglaises que les Anglais et n’ont cessé de l’être jusqu’à nos jours.

Dans ce sens, nous estimons que notre livre, dont le but est de décrire l’attitude des masses irlandaises dépossédées lors de la grande crise de notre histoire moderne, peut à juste titre être lui-même considéré comme un élément de la renaissance littéraire gaélique. La langue gaélique, méprisée par les classes possédantes, a réussi à trouver un ultime refuge dans les coeurs et dans les foyers des « ordres inférieurs » et la voici qui retrouve de nos jours une place que nous jugeons plus importante et plus durable pour la civilisation que par le passé. Pour reprendre les paroles de Thomas Francis Meagher, ce sont encore ces « misérables chaumières qui ont été les sanctuaires sacrés où furent préservées et transmises tant les traditions que les espérances de l’Irlande ».

La classe capitaliste irlandaise, au nom d’un patriotisme apostat qui a rompu avec la tradition gaélique, rejettera bien entendu une telle façon de voir les choses ; étant elle-même imprégnée d’usages étrangers, elle continuera de lancer l’épithète d’« idéologie étrangère » à la tête des militants démocrates irlandais. Mais la renaissance celte que connaît actuellement l’Irlande peut pousser à réviser et à approfondir l’analyse des structures juridiques et sociales d’avant l’invasion anglaise. Elle peut aussi, entre autres résultats positifs, permettre d’établir solidement la validité de ce que nous avançons.

Jusqu’ici, l’étude des structures sociales de l’ancienne Irlande souffrait d’une grave lacune. Pour décrire et interpréter les coutumes et les modes de vie du pays, le chercheur dépendait totalement des descriptions et des interprétations de gens qui n’avaient aucune connaissance ni même aucune intuition des phénomènes qu’ils essayaient de décrire, ni de leur signification. Marqués par les conceptions du féodalisme ou du capitalisme, ces auteurs s’efforçaient constamment d’expliquer les institutions irlandaises en se référant à un ordre de choses auquel ces institutions étaient complètement étrangères. Pour les titres irlandais désignant la fonction sociale de leurs détenteurs, ils croyaient pouvoir trouver des équivalents dans les titres du régime féodal anglais. Ils oubliaient totalement que les deux formes de sociétés étaient antithétiques et non complémentaires, et que les titres de l’une ne pouvaient donc, par définition, avoir le même sens que ceux de l’autre, encore moins être l’objet d’une traduction.

Une erreur assez semblable fut faite en Amérique quand les premiers conquistadores espagnols voulurent décrire le système politique et social du Mexique et du Pérou. Cette erreur aboutit à des résultats identiques, c’est-à-dire à une immense confusion à chaque fois que l’on tenta de retracer la vie réelle de ces pays avant la conquête. Les auteurs espagnols furent incapables de s’imaginer des structures sociales différentes du continent européen : d’où ces récits étranges et merveilleux sur le despotisme des « Empereurs » et des « Nobles » péruviens et mexicains, alors qu’on avait affaire en réalité au système familial très élaboré de peuples qui n’étaient pas encore parvenus au stade de l’État organisé. Ce n’est qu’avec la publication de l’ouvrage monumental de Morgan sur la Société antique [Il s’agit de l’ouvrage, publié en 1877, du célèbre ethnologue américain L.-H. Morgan, fondateur de l’ethnologie de la parenté. Il a fortement marqué Marx et surtout Engels (L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État) ] que les chercheurs ont pu disposer d’une clé pour l’étude des civilisations primitives américaines. La même clé va maintenant ouvrir les portes derrière lesquelles se cachent les secrets de notre civilisation primitive celte et les rendre plus complètement accessibles à l’ensemble du public.

Mais auparavant, nous voulons présenter à nos lecteurs les deux hypothèses sur lesquelles repose ce livre. Elles permettent, selon nous, d’envisager les problèmes étudiés en tenant compte à la fois des fruits de l’expérience passée et de ceux d’une réflexion mûrie sur le présent.

Première hypothèse : dans l’histoire de la civilisation, les progrès de la lutte que mène une nation dominée pour son indépendance doivent forcément aller de pair avec les progrès de la lutte que mène pour sa libération la classe la plus dominée de cette nation. Ainsi, les transformations des forces économiques et politiques qui accompagnent l’essor du système capitaliste conduisent inévitablement à un conservatisme croissant en dehors de la classe ouvrière, et à un élan révolutionnaire puissant au sein de la classe ouvrière.

Deuxième hypothèse : le résultat de la longue lutte de l’Irlande jusqu’à nos jours a été soit la disparition du vieux système de la chefferie, soit son adaptation à l’ordre établi, dont il est lui-même devenu partie intégrante, sous l’influence de ses héritiers abâtardis. La classe moyenne s’était développée dans la lancée de la lutte nationale ; à certains moments, comme en 1798, sous le choc de la rivalité économique anglaise, elle a été quasiment contrainte de prendre la tête de la révolution contre le despotisme politique de ses concurrents industriels. Mais, à son tour, elle s’est mise à genoux devant Baal. Mille liens, ceux des investissements, l’attachent au capitalisme anglais et l’empêchent d’éprouver cette affection ou ce sens de l’histoire qui conduisent au patriotisme irlandais.

Seule la classe ouvrière irlandaise demeure l’héritière incorruptible de la lutte pour la liberté en Irlande.

Indomptable classe ouvrière d’Irlande, c’est à elle qu’est dédié ce livre, écrit par un des siens.

Publicités
Cet article, publié dans Analyse, Documents historiques, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour James Connolly : La classe laborieuse dans l’histoire irlandaise

  1. Liam dit :

    Ce livre a malheureusement tres fort mal vieillit. C’est du romantisme deguise en socialisme scientifique. COmme le dit la preface ce livre « peut à juste titre être lui-même considéré comme un élément de la renaissance littéraire gaélique » qu’on essaye de faire entrer dans des schemas du marxisme mecanique de la seconde internationale. Il est plein de deviations humanistes-historicistes. CEla conduit a toutes sortes d’erreurs et de conclusions. Il essaie de presenter la societe gaelique d’avant la conquete comme un espece de communisme primitif, ce qui ne correspond pas a la realite. Connolly nie la possibilite d’un developpement autonome vers le capitalisme, car pour lui la propriete privee est une importation etrangere. La bourgeoisie nationale est peinte dans des couleures beaucoup plus progressistes qu’elle ne l’etait. Pour ceux qui sont interesses par une analyse approfondie du livre en francais, je renvoie au lien sur la droite de la page « Ecriture marxiste de l’histoire irlandaise ». Il fait le point sur les debats auxquels le livre a donne naissance.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s