La reine d’Angleterre en visite dans le Free State

Article tiré de la presse bourgeoise.

La visite historique de la monarque britannique dans la république irlandaise le 17 mai intervient au sommet du processus de paix anglo-irlandais. Mais avec des rues dublinoises vides et un niveau d’alerte terroriste placée au rouge en Irlande du Nord, la visite d’Elizabeth II ressemble à un exercice de cynisme onéreux.

Couleur vert émeraude des pieds à la tête, la reine Elisabeth II sort de son jet privé, mais c’est pour assister à une scène bien différente qu’à son accoutumée. Loin de la luxueuse procession du mariage tenu il y à peine deux semaines, ici il n’y a pas de foule attentive ni de bousculade de fanatiques. Sous le ciel gris d’Irlande, l’aéroport petit et éloigné est presque désert, à l’exception d’un rassemblement de soldats morts d’ennui et un attroupement resserré de journalistes. Les diplomates, souriants et amicaux qui l’accueillent ne s’inclinent pas et ne font pas de révérences – un manquement à la tradition qui est devenu une pomme de discorde avec la presse britannique. Une écolière est poussée vers elle à la hâte avec un simple bouquet et la monarque est immédiatement fourrée dans une range rover noire blindée.

Le véhicule royal est noirci et le trajet que la reine va emprunter est gardé secret. La couverture médiatique est précaire et étonnamment distante – caméras vidéo, même les journalistes de la chaîne irlandaise RTE ne sont pas autorisés à s’approcher de trop près de la procession. Le colossal « Phoenix Park » de Dublin, un des plus grands parcs urbains du monde qui accueille le Áras an Uachtaráin (palais présidentiel irlandais), est évacué. Au milieu des kilomètres d’espace vert, la foule réduite assiste à un évènement improbable : l’hymne britannique joué sur le sol irlandais. Un évènement singulier directement suivi d’un autre encore plus étonnant : la Reine d’Angleterre se lève pour l’hymne national irlandais. La BBC a coupé cette partie au montage. Tout le monde s’accorde à voir un évènement historique pour les deux pays. D’accord. Mais alors où est passé tout le monde ? C’est la première fois qu’un monarque britannique visite l’Irlande depuis 1911, en faisant le premier depuis la fondation de l’Etat libre irlandais en 1922. Le geste longuement anticipé doit illustrer le renouveau amical et apaisé de la relation entre l’Irlande et le Royaume-Uni : le fruit d’un processus de paix douloureux qui a vu l’établissement d’une politique nouvelle et inclusive en Irlande du Nord. Tout le monde s’accorde à voir un évènement historique pour les deux pays. D’accord. Mais alors où est passé tout le monde ?

Le vide angoissant est un des thèmes de la visite : Dublin a été fermée à double tour. La plus grande opération de sécurité de toute l’histoire de l’Etat irlandais a conduit à l’installation de 40 km de barricades métalliques autour de la capitale ; la Reine va parader dans des rues orphelines. Peu de citoyens ordinaires pourront la voir déambuler de la sorte. Si le bouclage vise à la protéger de toute velléité terroriste, il répond aussi à l’humeur de la population locale, loin d’être une foule cordiale et en liesse. Alors que la Reine opérait une minute de silence dans le parc de la ville, des manifestants étaient tenus à l’écart des rues avoisinantes avec des gaz lacrymogènes et des CRS. Néanmoins, entre les dents de la répression policière, les huées de la foule étaient audibles.

Pour beaucoup, la visite de la reine est le dernier trucage d’un processus de paix qui a souvent été plus question de photos officielles que de réelles avancées pratiques. Les médias se réjouissent que la reine puisse visiter Dublin, manquant de soulever que l’on doive pour cela faire évacuer ses habitants. Pendant ce temps, on fait part de menaces terroristes à Londres et à Dublin (plusieurs engins explosifs ont été retrouvés le matin de la visite), une branche scindée de l’IRA est réapparue dans le Nord, et Belfast se prépare à une nouvelle saison de violences et de sectarisme. Alors que la reine promène son poignet ballant hors de sa voiture blindée dans les rues vides de Dublin, on est en droit de se demander ce que ces gouvernements veulent réellement prouver, et à qui ? Au passage, le coût de la visite royale est estimé à 30 millions d’euros.

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