A propos d’une merdouille trouvée sur le net

En forme de réplique à un baratin impérialiste et faussement naïf

Si vous avez deux minutes à perdre, allez voir cette adresse, vous y découvrirez une jolie photo montrant un panneau de l’organisation Republican Sinn Féin posé au bord d’une route dans les 6 comtés, en hommage au républicain anti-traité Liam Mellows, tué par « l’Etat Libre » pendant la guerre civile en 1922.

L’article, paru sur un blog hébergé chez Libé, est une sorte de billet d’humeur, écrit par un français installé au Nord de l’Irlande, contre les « dissidents » (RSF en particulier). L’article reflète une idéologie bourgeoise, favorable à la paix sociale, vraisemblablement proche des provisoires, qu’il fait passer sous le masque d’un ton faussement « touriste » et « naïf ».

Ce qui est particulièrement insupportable dans ce blog, ce n’est pas tellement le fait qu’il se moque des républicains et de leurs amis francophones, ou qu’il colporte des ragots et des niaiseries, c’est surtout cette façon complètement coloniale de parler de l’Irlande comme d’un endroit exotique peuplé de bons sauvages un peu brutes, manifestement étranges, coincés dans un autre espace-temps que le reste de la civilisation. L’autre aspect, qui va avec le premier, c’est cette façon de pontifier dans le vent sur des sujets que manifestement il ne connaît pas. Bref, espérons-le, les antipodes de Libération Irlande.

Notre écrivain signale donc l’existence de RSF, pour critiquer sa politique, mais avec des arguments extrêmement faibles et complètement bourgeois (ils font de faibles scores aux élections locales, de moches tracts en noir et blanc, leur représentant n’est connu que dans son lotissement, ils sont violents). Il pousse le vice (ou l’ignorance) jusqu’à insinuer que l’organisation est anti-protestante, alors que son projet fédéraliste nommé Eire Nua a été abandonné dans les années 1980 par le groupe de Gerry Adams sous prétexte qu’il était trop favorable aux protestants. Mais laissons cela, le jour où les journalistes dans son genre enquêteront de façon modeste et honnête, les poules auront des dents.

L’homme de plume prend un air imbécile lorsqu’il évoque la scission du mouvement républicain de 1986, en faisant croire que c’est trop difficile à comprendre (« vous me suivez? »). Alors, quand cette organisation issue d’une scission connaît à nouveau une scission, il laisse entendre, avec un procédé de brouillage rhétorique minable, que la situation organisationnelle des républicains est complètement absurde et que ces gens sont de pauvres taches apolitiques complètement perdues.

Bien qu’il considère sûrement les républicains comme des hillbillies mal embouchés, sans envergure ni soutien populaire, notre homme a quand même tenté d’ouvrir Saoirse du mois de juin 2010, le journal de RSF, qu’il qualifie de « sombre ».

Tout pantelant, il avoue que les jugements assez fermes de RSF à l’encontre du groupe scissionniste et des matons lui ont fait « froid dans le dos » : sympathise-t-il avec cette scission? avec la corporation des matons? se croit-il le centre du monde? Le plus probable est que ce monsieur a ressenti une gêne sincère à voir de la propagande révolutionnaire et des éloges de la lutte armée. Diable! il y a même un détachement féminin chez eux…

Consterné par sa « découverte », son sens esthétique est choqué par le slogan de RSF « unbroken continuity« , qu’il accuse de redondance. Or, ce slogan a une signification précise dans le cadre de l’idéologie républicaine « traditionnelle », il signifie que RSF est le dernier avatar en date d’une lignée qui « commence » en 1905 avec la fondation de Sinn Féin, passe par la république proclamée par Pearse en 1916, approuvée par les élections de 1918, confirmée par la première assemblée de janvier 1919, qui devient clandestine en septembre, dont le mandat passe ensuite à l’IRA, etc.., jusqu’à RSF d’aujourd’hui. Ce n’est pas le moment d’évaluer cette position, l’important est de dire qu’elle a une cohérence et que ce slogan a un sens politique et historique très clair, que tous les républicains irlandais connaissent.

Notre nouvel ami apprend avec étonnement, page 2. que le journal se vend dans une librairie parisienne de gauche. Bigre, cette feuille de chou passe les frontières, qui l’eût dit! D’ailleurs, profitons de l’occasion : vous pouvez trouver Saoirse à la librairie Le Point du Jour, 58 rue Gay-Lussac dans le 5è arrondissement de Paris (RER Luxembourg). Si vous le pouvez, faites-y un tour, c’est une caverne d’Ali Baba et l’accueil est chaleureux.

Continuons : il finit sa lecture de Saoirse et il a comme un choc, car à la dernière page il s’aperçoit que des antifascistes de France (Libération Irlande en l’occurrence) ont écrit une présentation de leur groupe, publiée dans le journal irlandais. Toujours avec son petit air candide et une légère pointe d’aigreur, il s’étonne que des compatriotes à lui soient manipulables au point de « tomber sous le charme » de ces gens si méchants. Mais c’est vrai, ces petits chaperons rouges sont « naïfs » et « jeunes » (mais ils le disent eux-mêmes, ils ont « beaucoup à apprendre »).

Disons-le tout net : une véritable leçon de vie que cet article!

Merci de tout cœur, cher bienfaiteur, de nous accompagner de votre rude sagesse et de vos arguments si acérés.

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Un commentaire pour A propos d’une merdouille trouvée sur le net

  1. Emma d'Oze dit :

    Il est tellement facile, et politiquement correct d’être pacifiste, que certain en oublient que la paix (réelle) et la démocratie (la vraie, pas celle fantoche des politiciens professionnels) ne peuvent pas se gagner assis le cul par terre avec des peaces and love autour des oreilles…
    Sans les républicains armés, depuis 1798, l’Irlande serait encore une colonie britannique… sans les républicains armés, les pogroms loyalistes dans le nord auraient tués encore plus d’innocents, la jeunesse irlandaise grandirait encore dans des ghettos insalubres…
    Je vis moi aussi dans le nord de l’Irlande, comme l’auteur de cet article, et NON, les dissident qu’ils soient de RSF ou des 32csm ne sont pas des gens violents et méchants qui mangent les enfants, mais des partisans de la Liberté et des libertés… Les groupes qui ont repris les armes, ou qui pour certains ne les ont jamais vraiment lâchés, ne visent pas de populations civiles, mais des militaires, policiers et autre chiens de gardes de l’État britannique. Bien sûr, nulle guerre n’est totalement propre, et nulle ne le sera jamais, mais l’attentisme et le pacifisme béat tue bien plus.
    Je suggère à l’auteur de cet article d’aller regarder les statistiques produite par Peter Shirlow, sociologue de l’université de Queens, sur la ségrégations depuis les accords de « paix » de 98… Je lui suggère aussi d’aller s’intéresser aux diverses études de sociologues sur les parcours de vies de la population depuis ces années 90… Endettement, problème de logement, d’emploi, de drogues (inexistants auparavant, ou presque), de violences hors paramilitaires…

    Bref, il faut parfois ne pas être dupe et voir au delà du voile rose de la propagande facile la triste suie de la réalité…

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