A propos des brigands de RyanAir

Voici un article informatif et frappant sur les mœurs de la compagnie aérienne à bas prix RyanAir : un véritable condensé du capitalisme made in « Free State ». Nous ne partageons pas le point de vue idéologique qui sous-tend une partie de l’article (qui semble aspirer au « retour » à un capitalisme honnête, à visage humain), mais l’article est franc et incisif  et il donne pas mal d’éléments sur RyanAir et sur son patron Michael O’Leary, qui est un vrai nabab et une ordure finie.

« C’est quasiment fait. La compagnie aérienne à bas prix irlandaise RyanAir va abandonner son unique base française située dans l’aérogare low cost MP2 de l’aéroport de Marseille-Provence. La raison ? La société a été mise en examen, fin septembre, pour « travail dissimulé » et « prêt illicite de main d’œuvre ». Un décret, datant de novembre 2006, soumet les personnels navigants des compagnies étrangères installées en France au droit français.

Or, les salariés de RyanAir en France sont actuellement soumis au droit du travail irlandais. La compagnie préfère donc s’en aller plutôt que de se mettre en conformité avec la législation française. La ministre de l’Économie Christine Lagarde a réagi sur Europe 1 ce matin en déclarant qu’elle n’était pas « scandalisée » par la décision de RyanAir et qu’elle était favorable à « une législation européenne harmonisée (…) pour les personnels à mobilité très forte ». Mme Lagarde a aussi émis le souhait de « regarder ce qu’on peut changer » pour éviter que d’autres entreprises ne prennent la même décision.

En attendant, RyanAir va transférer cette base en Espagne, en Italie ou en Lituanie, emmenant avec elle les 200 salariés de Marseille. Alors certes, pour l’économie locale, la nouvelle n’est pas excellente. Jacques Pfister, le président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence rappelait récemment qu’en moins de quatre ans, « RyanAir a permis la création de 1000 emplois directs et indirects et a procuré plus de 550 millions de retombées économiques ».

Il demande l’abrogation du décret en question. Le maire de la ville, Jean-Claude Gaudin blâme de son côté les syndicats. Pour autant, je me réjouis de cette décision. Il était temps qu’une institution se dresse contre les méthodes de RyanAir. Alors, la France va peut-être encore être dénoncée comme un pays « archaïque » par certains mais force est de constater que Michael O’Leary, le patron de RyanAir, a une façon très particulière de gérer son business et qu’il n’en est pas à sa première condamnation.

Réputé pour ses provocations à longueur d’années, Michael O’Leary, un des hommes les plus riches d’Irlande, a décidé de ne pas s’embêter la vie et a acheté une licence de taxi pour sa Mercedes-Benz afin d’utiliser les voies de bus dans Dublin et diminuer ainsi son temps de trajet dans la ville. L’homme a un tel respect vis à vis de ses clients qu’il pense que « le consommateur européen ramperait nu sur du verre cassé pour avoir des billets pas chers. » Les passagers en sur-poids ont également droit à toute sa considération : « Nous avons été surpris par le nombre de passagers qui ne veulent pas seulement taxer les obèses, mais aussi les torturer » a-t-il ainsi déclaré au quotidien anglais The Telegraph en 2009. Quant aux écologistes, « la meilleure chose à faire, c’est de (leur) tirer dessus. »

O’Leary aime décidément beaucoup se servir d’une arme puisque les agents de voyage devraient également être « flingués » selon lui. Ne parlons pas de la Commission européenne, des « abrutis » et un « repaire de communistes », ni du gestionnaire d’aéroports BAA, assimilés à des « violeurs qui font payer trop cher ». Enfin, O’Leary, dont la compagnie n’utilise que des Boeing, a déclaré que le constructeur américain avait besoin « d’un allié pour botter le cul d’Airbus en Europe ».

En plus de son vocabulaire châtié, Michael O’Leary fourmille d’idées pour accroître ses bénéfices. Il a pensé à faire voyager les passagers debout pour gagner de la place et donc transporter plus de monde. Cela deviendra peut-être réalité dans peu de temps vu qu’une société italienne vient de présenter son « SkyRider », un siège qui nous maintient dans une position semi-debout. O’Leary voulait aussi faire payer l’accès aux toilettes, projet abandonné pour l’instant car les portes auraient nécessité des réaménagements pour insérer les pièces qui coûtaient trop cher pour le boss irlandais. Évidemment, durant le voyage, tout « ravitaillement » est payant.

Le Point nous a raconté récemment l’histoire d’un homme qui a fait un malaise sur un vol Marseille-Édimbourg et qui a dû payer la collation qu’il a prise pour lutter contre son hypoglycémie. Aucune couverture ne lui a été fournie, les autres passagers l’ont alors recouvert de leurs manteaux pour qu’il ait plus chaud. Les avions RyanAir ne sont même pas équipés de défibrillateur cardiaque en cas de problème plus sérieux. RyanAir fait également payer leur formation à ses employés, qui doivent aussi acheter leurs équipements et fournitures (classeurs, crayons…).

Il leur est interdit de recharger leur téléphone sur le lieu de travail. O’Leary vient d’avoir une autre idée : « Mettons un seul pilote au commande et laissons ce putain d’ordinateur faire voler l’avion ». Supprimer les co-pilotes et, en cas de problème, faire intervenir une hôtesse de l’air formée spécialement est son nouveau dada.

En ce qui concerne le volet social, pas de surprise non plus. O’Leary déteste les syndicats et refuse de dialoguer avec eux. Les salariés sont soumis à un contrôle strict pour vérifier s’ils ont une activité syndicale. La peur les a suffisamment gagné pour qu’ils n’osent pas parler aux journalistes venus les interroger sur leurs conditions de travail. Leur boss rêve d’ailleurs d’interdire le droit de grève aux contrôleurs aériens et de faire remplacer les récalcitrants par des militaires. En matière de contrat, la compagnie low cost a recours aux contrats individuels. Il n’y a donc aucune convention collective et à travail égal, les employés sont payés très différemment.

Un collectif « Ryan-be-fair » s’est créé pour dénoncer ces méthodes. N’étant pas à une contradiction près, l’ultra-libéral O’Leary, qui déteste l’Etat, fait subventionner ses lignes par les collectivités locales. Cela est déguisé sous le nom « aide au marketing ». Pour l’ensemble de son œuvre, RyanAir a été plusieurs fois dénoncée et condamnée. Le 15 mai 2010, un tribunal italien lui a infligé une amende de 3 millions d’euros pour avoir manqué à ses obligations légales d’assistance aux passagers dont les vols avaient été annulés suite à l’éruption du fameux volcan islandais. Aucun de ses clients bloqués au sol n’avait reçu de boissons ou repas. En Belgique, en mars dernier, RyanAir a été condamnée pour ses clauses abusives et ses conditions générales médiocres d’achat de billets en ligne.

Par ailleurs, RyanAir a également été condamnée pour avoir cédé à des passagers racistes et fait expulser d’un de ses vols au départ de la Sardaigne un groupe de musiciens caribéens. Ces passagers les avaient trouvés « louches » et avaient demandé une vérification supplémentaire. Même après que celle-ci eut été effectuée par la police italienne, pour qui ces musiciens n’avaient rien de menaçant, RyanAir a refusé leur retour dans l’avion. Ce ne sont que quelques exemples des nombreux rappels à l’ordre de la compagnie. Pour autant, elle perdure et elle est même devenue la troisième compagnie en France avec 3 millions de passagers transportés par an.

La sécurité en vol est également remise en cause. Le temps d’escale est réduit au maximum, c’est à dire 25 minutes en moyenne, avec un record de 17 minutes ! Pour que les vérifications techniques nécessaires soient effectués avant chaque vol, de nombreux experts estiment qu’il faut pourtant environ 40 minutes.

RyanAir pratique également la limitation des emports de kérosène. Cela incite, et parfois oblige, les pilotes à se poser coûte que coûte sur l’aéroport de destination, même si la visibilité ou la météo sont mauvaises. En effet, le réservoir des appareils contient un surplus de kérosène très faible et, en cas de problème, de nombreux avions n’auraient ainsi pas le temps de se rendre sur un autre aéroport.

Autre souci : les pilotes doivent effectuer de nombreuses heures de vol, parfois au mépris de leur état de fatigue. En juin 2009, Marianne, qui avait consacré un long article à ce sujet, signalait que le pilote danois Paul Christensen avait demandé réparation au tribunal des prud’hommes de Dublin car il avait été viré pour avoir refusé d’effectuer un vol retour qui l’aurait contraint à violer la règle de sécurité qui limite à douze heures maximum le temps de travail quotidien des pilotes.

Tous ces manquements aux règles élémentaires de sécurité ont fait que, sur le site securvol.fr, RyanAir est désormais classée en catégorie C en terme de sécurité, une catégorie intitulée « sous réserve » dans laquelle on retrouve aussi Air France et American Airlines. Une de ses principales concurrentes low cost, la compagnie EasyJet, dont l’ancien patron a fait condamner O’Leary à des excuses publiques suite à des injures, se trouve elle en catégorie A, la plus élevée de ce classement. EasyJet a d’ailleurs été confrontée au même problème que RyanAir en terme de droit du travail sur ses bases françaises mais a fini par se conformer à la législation de l’Hexagone. EasyJet n’est pas forcément beaucoup plus chère que son ennemie irlandaise. En revanche donc, elle est beaucoup plus sûre.

Alors oui, l’annonce de RyanAir va probablement faire mal à court terme à l’économie locale. Mais devions-nous tout accepter d’un homme aussi douteux et d’une entreprise aussi peu fiable ? L’aéroport MP2, si elle perd du trafic, ne va pas s’effondre pour autant. Transavia, la compagnie low cost du groupe Air France-KLM arrive pour remplacer RyanAir. Espérons juste que leurs méthodes soient moins contestables… Et que RyanAir finisse par respecter le droit ou disparaître. »

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