6 comtés : vers l’internement illimité

Déclaration de Republican Network for Unity qui sonne le tocsin face aux nouvelles possibilités répressives de l’occupant.

L’arrestation et l’emprisonnement de sept militants républicains ces derniers jours symbolise l’entrée dans une nouvelle ère de l’oppression britannique en Irlande

Suite à d’intenses débats au sein des ministères et des quartiers généraux de l’armée depuis 2006, il semble que l’Etat britannique a décidé d’utiliser les prétendues “preuves interceptées” en tant que preuves valables permettant d’emprisonner des républicains irlandais. L’introduction de ces matériaux dans les tribunaux spéciaux [Diplock courts] a été rendue possible par le feu vert donné par le parquet [Public Prosecution Service] sous l’égide de Barra McGrory, dont les dernières actions contredisent les principes des droits de l’homme qu’il avait défendus autrefois.

Les preuves prétendument “interceptées”, qui comprennent des enregistrements espions de conversations et des suivis de déplacements automobiles, peuvent être facilement manipulés pour permettre d’enfermer en détention provisoire des militants politiques. Si l’on en juge par l’expérience passée, il ne fait aucun doute que le PSNI assisté par les services de renseignements militaires britanniques tireront grand fruit de ces moyens pour emprisonner tout militant qui s’oppose à l’ordre établi dans l’Irlande occupée d’aujourd’hui.

Barra McGrory a ouvert la porte à l’internement sans limite dans le Nord, il s’est abouché avec les éléments les plus corrompus de l’Etat britannique pour faire avancer sa carrière et pour son enrichissement personnel, il devrait s’ensevelir sous la honte. De nouveau, RNU déclare clairement que ceux qui soutiennent les institutions de Stormont cherchent à brimer et à emprisonner tout militant qui s’organiserait en dehors de la sphère du GFA [Good Friday Agreement - Accord de Stormont en 1998]

Face à cet assaut mené contre notre liberté, l’unité républicaine en pratique est vitale, car nous sommes tous susceptibles d’être attaqués par un système judiciaire qui a atteint le niveau des Etat les plus corrompus au monde.

Martin Óg Meehan, RNU Ard Comhairle

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The Valley of Knockanure

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6 comtés : A propos des stéréotypes sectaires

Article de Liam O’Ruairc paru dans la revue The Vacuum il y a quelques années

A quel point les stéréotypes existant en Irlande du Nord sont-ils différents de ceux qui existent ailleurs? Ces stéréotypes sociaux sont-ils spécifiques à l’Irlande du Nord? Ce qui les différencie, c’est leur nature sectaire : il y a des stéréotypes pour les catholiques et les protestants, les nationalistes et les unionistes, les républicains et les loyalistes. En Irlande du Nord, les gens sont catégorisés en fonction de leur appartenance ethno-confessionnelle et l’on fait en sorte qu’ils correspondent à certains stéréotypes sectaires. Cela n’a pas lieu qu’en Irlande du Nord, car quand des gens de Belfast voyagent, en général la première chose qu’on leur demande, c’est s’ils sont catholiques ou protestants. Évidemment, les stéréotypes sectaires ne sont pas les seuls à exister en Irlande du Nord, mais ce sont les catégories dominantes de la conscience sociale des deux communautés, et des idéologies totales.

Dans son livre The Politics of Legitimacy (1976), l’anthropologue Frank Burton fut le premier à montrer comment les stéréotypes sectaires formaient un type de rapports sociaux idéologiques envahissant toute la vie quotidienne en Irlande du Nord. Être capable de « différencier » le catholique du protestant est une compétence sociale tout à fait nécessaire dans la pratique, pour quiconque veut éviter les problèmes inhérents à un environnement social sectaire. On peut trouver la différence grâce à l’empreinte sociale du nom, du quartier d’habitation, de l’école fréquentée, etc. Ces éléments donnent à chaque groupe le matériel lui permettant de façonner les théories et les stéréotypes concernant l’autre.

En tant que représentations idéologiques, les stéréotypes sont fondés sur un mixte de réalité et de mythe. Pour comprendre les stéréotypes sectaires, il faut comprendre leurs racines matérielles dans la société. Procéder autrement nous condamnerait à sous-estimer leur force et leur durée. Le sectarisme est une réalité matérielle, il serait totalement erroné de l’interpréter comme étant une simple affaire d’idées et de préjugés individuelles. Les stéréotypes sectaires révèlent la matérialité des divisions sectaires à tous les niveaux en Irlande du Nord. La ségrégations dans le logement, dans la distribution de l’emploi et de l’absence d’emploi, dans les loyautés électorales, à l’école, dans les réseaux d’amis et dans les mariages, tout atteste l’importance de ces divisions.

Ce ne sont pas les idées et stéréotypes sectaires qui produisent l’organisation sectaire de la société, mais au contraire ce sont les réalités sociales sectaires qui produisent les idées et stéréotypes sectaires. Les gens ont des stéréotypes sectaires en tête parce qu’ils ont grandi et ont vécu dans une société qui est sectaire de nature.

Les stéréotypes sectaires sont des constructions idéologiques qui servent à ordonner les expériences de la division sociale sectaire, ils sont le « ghetto conceptuel et cognitif des rapports sociaux idéologiques nord-irlandais » (Frank Burton). Il constituent une structuration qui reflète la réalité de cette division sociale fondamentale. Les stéréotypes sectaires ne sont pas seulement des idées dans la tête des individus, ils ne « tombent pas du ciel » par miracle, ils ont une base objective dans la réalité. C’est pourquoi tous ces projets de « paix et de réconciliation » sont profondément idéalistes et conservateurs par nature, ils sont fondés sur l’axiome qu’il ne s’agit que d’un problème « d’éducation », qu’il faut retirer les préjugés et stéréotypes individuels plutôt que changer les réalités sectaires. Pour eux : « change tes idées, et la réalité changera », non pas « transforme la réalité et tes idées à ce sujet changeront ».

Outre leurs racines matérielles, la principale raison de la persistance des stéréotypes sectaires a été leur institutionnalisation politique et légale. Un des effets du processus de paix a été de transformer le conflit nord-irlandais d’un conflit politique portant sur la souveraineté nationale en une querelle culturelle portant sur le respect des « identités ». Au centre du processus de paix se trouve l’idée que l’Irlande du Nord possède deux communautés distinctes dont la culture et les intérêts, qui sont différents, doivent être constamment policés et séparés. Loin de donner la base permettant de mettre fin au sectarisme, l’accord de 1998 a gravé  les stéréotypes sectaires dans le marbre des structures politiques qu’il mettait en place.

Par exemple, l’Assemblée d’Irlande du Nord, aujourd’hui suspendue, institutionnalise le sectarisme en exigeant « qu’à sa première réunion, les membres de l’Assemblée s’enregistrent en tant que représentant d’une identité – nationaliste, unioniste, ou autre – afin de pouvoir mesurer le soutien des deux communautés aux différentes initiatives soumises au vote » – chose qui congèle juridiquement les différentes identités. Quant à ceux qui refusent de se définir en termes sectaires, ils sont marginalisés, puisque les décisions-clés exigent une majorité dans les deux camps.

Le processus de paix ne consiste pas en la résolution du conflit, mais en la « célébration de la diversité culturelle », il ne s’agit pas de dépasser  les divisions entre catholiques et protestants mais de reconnaître les « différences culturelles » et de les respecter. En institutionnalisant les « différences culturelles » et les « identités », le processus de paix a renforcé les stéréotypes sectaires existants. Le sectarisme est devenu le mécanisme semi-officiel par lequel les différentes communautés sont forcées d’entrer en concurrence pour obtenir des ressources toujours plus rares.

Les conséquences sont sinistres. Un rapport de la Royal Geographic Society publié en 2002 conclut que les divisions sectaires ont empiré depuis le début du processus de paix en Irlande du Nord. Stimulé par les dénégations du Northern Ireland Office [exécutif britannique administrant l'entité des 6 comtés], selon lequel le sectarisme n’augmentait pas, le docteur Peter Shirlow de l’université d’Ulster a interviewé 4.800 personnes dans douze quartiers de Belfast, six catholiques et six protestants. Les résultats sont sans équivoque. Tombant dans le panneau des discours tenus autour du processus de paix, beaucoup de gens, catholiques surtout, ont déménagé dans des quartiers où leurs coreligionnaires n’étaient pas dominants.

Les chiffres de l’agence pour l’emploi [Housing Executive] montrent que 3.000 d’entre eux ont déménagé entre 1994 et 1996, mais que l’intimidation sectaire a produit un mouvement inverse de 6.000 personnes dans les 5 années suivantes. Deux-tiers de la population vit dans des zones qui sont à 90% catholiques ou à 90% protestantes. Dans les zones protestantes, les entreprises ont une main d’œuvre catholique qui compte pour 5%, et dans les zones catholiques, la main d’œuvre protestante représente seulement 8%. Seule une personne sur cinq accepterait un emploi situé de l’autre côté de la ligne de paix.

Dans 62% des zones séparées par une ligne de paix [un mur], les rapports inter-communautaires se sont détériorés. 68% des jeunes âgés de 18 à 25 ans disent ne jamais avoir eu de véritable conversation avec quelqu’un appartenant à l’autre confession, et 62% d’entre eux disent avoir été victimes de mauvais traitements sectaires, physiques ou moraux, depuis le cessez-le-feu de l’IRA en 1994. Abstraction faite des assassinats politiques, le niveau de violence sectaire a effectivement augmenté. L’année dernière, une enquête concernant 1.800 foyers a montré que 88% d’entre eux ne voulaient pas entrer dans des zones dominées par l’autre confession, même en voiture, et que 59% d’entre eux ne voulaient pas utiliser les commerces ou installations contrôlées par l’autre confession, même si elles étaient de meilleure qualité.

Cette enquête de Shirlow a montré que les « solutions » présentées par le gouvernement britannique étaient en réalité une partie du problème. Par exemple, les projets de rencontres inter-communautaires destinés aux jeunes font plus de mal que de bien, puisque ces rencontres leur permettent d’identifier ceux qu’ils perçoivent comme leurs ennemis. « Tous les jeunes gens à qui nous avons parlé ont dit que ces projets étaient une perte de temps, et presque tous les travailleurs sociaux pensent la même chose. Sur les 214 jeunes gens qui ont attaqué des jeunes gens de l’autre confession, 158 d’entre eux ont dit qu’ils les avaient reconnus grâce aux projets inter-communautaires. »

Pour toutes ces raison, les stéréotypes sectaires sont susceptibles d’avoir la vie dure.

Source : ici.

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Class A’z – I’m back

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Contre l’anglophobie, pilier de la réaction française

Il est frappant de voir à quel point la cause de la liberté de l’Irlande concerne tant de gens sans les concerner. Nombreux sont ceux qui sympathisent avec « ce brave peuple qui lutte contre les Anglais » mais moins nombreux sont ceux qui ont des idées claires sur ce conflit, qui connaissent la différence entre Angleterre, Grande-Bretagne et Royaume-Uni ou entre républicanisme irlandais et nationalisme constitutionnel. L’ignorance est souvent directement proportionnelle à la sympathie. Dans des organisations de type social-démocrate comme feu Solidarité Irlande, ces phénomène de sentimentalisme apolitique jouaient à plein, mettant les fascistes en position de « plumer la volaille », de coloniser cette cause. Cette ambiance idéaliste saturée d’anglophobie est une des raisons qui nous a poussés à monter notre groupe Libération Irlande.

Nous voulons faire ici une petite mise au point sur la question de l’anglophobie [haine des Anglais] en France, dont le sous-produit est cette hibernophilie [amitié pour les Irlandais] de pacotille.

Du jeune homme ivre qui brûle un Union Jack à la fête de l’humanité au militant national-catholique en croisade virtuelle contre les protestants, en passant par les remarques banales sur la cruelle fourberie de ce peuple ou la mauvaise qualité de sa nourriture : un point commun, la haine de l’Anglais.

Le grand symbole de l’anglophobie est Jeanne d’Arc, un personnage extrêmement populaire, bien au-delà des défilés fascistes. Même si elle s’énonce avec du second degré ou seulement pour rire, l’anglophobie et la sympathie corrélative pour Jeanne d’Arc sont quelque chose de très courant, même chez les gauchistes les plus ultra. Pourquoi un personnage si ancien et ayant su peu de rapport avec notre présent est-il si populaire? Pourquoi ces préjugés sont-ils si tenaces? Ce qui est dit sur les Anglais n’est pas dit sur les Allemands, par exemple, il y a une certaine retenue là-dessus, depuis au moins deux générations. L’Etat français n’est pas en conflit avec l’Etat britannique depuis la période coloniale de la fin du 19è siècle, sauf sous l’occupation où l’anglophobie était idéologie officielle. Pourtant cette vieille croûte colle à la peau du Français, et tout indique que l’anglophobie joue un rôle de ciment ancestral, diffus, fédérateur, dans la construction et la reproduction de l’idéologie nationale de l’Etat français, qui continue aujourd’hui.

Le week-end du 11 et 12 mai avait lieu la célébration du 600è anniversaire de Jeanne d’Arc, née en 1412. A cette occasion eut lieu un défilé militaire officiel dans la ville d’Orléans, avec tanks, parade, patrouille de France, drapeaux pavoisés, et pendant le défilé un fameux hymne écossais, Scotland The Brave, fut joué à la cornemuse par l’armée française. S’agissait-il de commémorer la Auld Alliance entre la France et l’Ecosse, datant de 1295? ou d’un rappel chauvin de l’anglophobie en tant que valeur de la France?

L’anglophobie est une tradition enracinée dans la veille France privilégiée et catholique qui est celle des hauts gradés de l’armée ayant organisé ce défilé, qui est d’ailleurs le deuxième plus important de l’année après celui du 14 juillet. ll y a un fil directeur dans le livre de Jacques Bainville, Histoire de France, ce fil continu, c’est la lutte pour la construction et la défense de la France contre deux dangers, l’Allemagne et l’Angleterre. Jacques Bainville était un grand théoricien de l’Action Française, véritable sentinelle de la réaction, son livre porte la pensée de la fraction traditionnelle luttant dans les sphères intellectuelles dirigeantes de l’Etat contre une autre fraction, les républicains et franc-maçons.

L’anglophobie traditionnelle est un nationalisme français anti-protestant et anti-libéral, son origine est catholique et militaire et sa destination est la mobilisation et la cohésion du peuple tout entier. Cette mixture idéologique, venue de la noblesse et du clergé au moment historique où ces classes perdent la partie contre la bourgeoise, est nommée « socialisme féodal » par Marx et Engels dans le Manifeste. Cette idéologie anti-bourgeoise de droite parle au nom du peuple, elle a toujours des prétentions sociales. L’anglophobie en France vient de là, de ce qu’on appelle l’alliance du sabre (l’Armée française) et du goupillon (l’Eglise catholique).

Venue du goupillon, l’idée que les Anglais ne savent pas jouir en confiance des biens de la vie mais sont des maniaques du travail, du commerce et du calcul égoïste. Venue du sabre, l’idée que les Anglais sont « perfides », ne respectent pas la parole donnée et sont des maniaques de la conquête. Le tout aboutit à l’idée d’un peuple congénitalement odieux et capitaliste, qui plus est ennemi-né de la France, laquelle sort par conséquent très avantagée de la comparaison.

Cette tradition anti-anglaise séculaire contribue à construire et à flatter l’égo national en mettant en avant le bon goût français et son art de vivre, qu’on prétend si chaleureux et débonnaire, contre une prétendue froideur des Anglais, vus comme un peuple à la fois maniéré, pète-sec, et en même temps brutal, goujat, à l’image de la reine d’Angleterre, dont la devise est « Never complain, never explain » (Ne jamais de plaindre, ne jamais s’expliquer).

Il y a beaucoup de ressemblances entre l’anglophobie et l’antisémitisme, ces deux branches de l’idéologie nationale française visent à souder la nation française contre un ennemi extérieur très dangereux car proche et ressemblant, et pourtant lointain et fermé, difficile à cerner, face à qui une grande vigilance est de mise. Le chauvinisme national français attribue à la nature de ces deux peuples  la passion des richesses et de l’expansion, et d’être faits d’une pâte à fois très artificielle et subtile et en même temps violente et langoureuse. “Les Juifs ont tué une première fois Jésus de Nazareth, les Anglais devenus protestants l’ont tué à nouveau en crachant sur son corps mystique, l’Eglise catholique, et leur point commun est de vénérer l’argent” : telle est la parenté judéo-anglaise dans la vision réactionnaire old school.

D’autre part, Anglais et Juifs sont vus comme des êtres fourbes qui agissent sur le corps national comme des agents de discorde et de dissolution, souvent par l’entremise d’autres forces qu’eux-mêmes. Par exemple à l’époque des Dragonnades sous Louis XIV, les protestants des Cévennes étaient accusés d’être les agents de la subversion au service des Anglais, aujourd’hui les antisémites et national-socialistes disent que les Juifs détruisent l’occident par l’entremise de l’immigration, du métissage. Les Juifs sont accusés de propager à la fois le communisme et la finance, mixte nommé « mondialisme » par les fascistes; quant aux Anglais, ils sont accusés prêcher le multi-culturalisme et le droit à la différence, mais sans eux-mêmes se mélanger. Le Juif comme l’Anglais est vu comme hypocrite, car il n’applique pas à lui-même ces valeurs imposées aux autres : il est bien connu que les Juifs et les Anglais campent sur leurs positions, restent entre eux et cultivent leur différences, aux antipodes des Français bien entendu!

Une autre source chauvine se greffe sur l’ancienne : l’anglophobie « de gauche », qui est tout aussi réactionnaire mais qui n’a pas les mêmes angles d’attaque. Ce qu’elle vise, c’est la monarchie, le communautarisme, le trade-unionisme et l’impérialisme anglo-saxon.

La monarchie anglaise et l’adulation de ses représentants comme William et Kate, Lady Di ou la Reine mère, est moqué avec désinvolture, comme étant un stupide résidu d’ancien régime. Mais la passation de pouvoir entre les présidents Sarkozy et Hollande montre bien que ce régime et ses cérémonies sont franchement monarchiques comme tout le fonctionnement de la 5è République avec sa cour d’énarques et son armée de juges, de flics et de préfets, sans parler de la complaisance incroyable de la valetaille journalistique.

Le communautarisme anglais est décrié par la gauche républicaine bourgeoise, qui n’aime pas les ghettos mais vit dans le sien : les villes de France sont structurées comme des villes coloniales, avec des niches de bourgeois dans les centres-villes qui ne communiquent absolument pas avec le reste de la population. Il y a des statistiques au « Royaume-Uni » au sujet du manque du communication entre communautés, il faudrait faire les mêmes entre bourgeoisie et prolétariat dans une ville moyenne de France, les résultats seraient sans pitié, mais la France n’a pas cette franchise.

Le trade-unionisme de tradition anglaise est décrié par la gauche du syndicalisme français, qui lui oppose une tradition de confrontation et non de négociation : « substituer la culture du marchandage à la tradition syndicale française fondée sur la solidarité de classe » déplore Georges Gastaud, anglophobe de choc et membre du parti ultra-chauvin PRCF. Mais la solidarité de classe commence lorsqu’on soutient tous les exploités de France, sans distinction, et les nations opprimées par son propre Etat, dans la perspective internationale de l’amitié entre les peuples, c’est-à-dire tout le contraire de l’agitation contre-révolutionnnaire de ce pitoyable fantassin du chauvinisme qu’est Gastaud.

L’impérialisme est vu par les lunettes bleu-blanc-rouges des anglophobes de gauche comme un phénomène « anglo-saxon », c’est-à-dire anglo-américain. L’impérialisme français et ses victimes ne sont jamais mentionnés. Le père Gastaud part en croisade contre l’invasion de la langue anglaise dans la langue française, il rejette également les langues corses, basques et bretonnes. Son grand ennemi est le « globish » (global english), la langue anglo-cosmopolite des affaires rejetée comme trop simple, barbare, mécanique, anti-culturelle, ce qui est vrai, mais il ne parle jamais de la langue littéraire et de la langue du peuple, qui sont la richesse de la langue anglaise. Dans sa rage, il accuse même le mot shampooing d’exister!

L’anglophobie est un pilier réactionnaire de notre pays. Les clichés les plus minables circulent et se développent en toute liberté. Jamais ou presque des mouvements comme les Levellers ou les Chartistes, des philosophes comme Shaftesbury et Hutcheson, des socialistes inspirés comme William Morris, pas plus que les progressistes des Etats-Unis, sans parler des révolutionnaires irlandais, ne sont mis en avant par la gauche française et ses prolongements d’extrême-gauche. La solidarité avec la révolution irlandaise n’a jamais bénéficié de l’anglophobie et ne peut pas compter sur elle. Depuis notre tranchée franco-irlandaise, nous attaquerons l’anglophobie, pilier réactionnaire moisi, et tenterons de faire mieux connaître la valeur des choses progressistes de langue anglaise.

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Manifestation en Norvège en 1981

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Archives de An Phoblacht / Republican News de 1981

Lors de la projection du film The Pipe au Rémouleur, des questions ont surgi au sujet de la pratique de la grève de la faim en Irlande, après avoir vu Maura Harrington entamer une grève de la faim pour exiger le départ du navire le Solitaire des eaux territoriales irlandaises, et entendu le pêcheur Pat O’Donnell expliquer que Maura Harrington irait jusqu’au bout. Nous y avions expliqué que cette pratique était courante et prise très au sérieux là-bas.

Il faut savoir que cette pratique n’a pas commencé en 1980, mais que depuis 1917, en tout 22 prisonniers républicains sont morts en grève de la faim. Avant la conquête, dans l’Irlande celtique régie par les lois des Brehons, la grève de la faim était un moyen codifié d’ultime recours pour faire connaître ses griefs dans des cas très graves d’injustice, comme on peut le voir dans certains des romans de Peter Tremayne (dans la série des aventures de Sœur Fidelma)

Pour les personnes intéressées par la période des grèves de la faim de 1981, Saoirse a scanné  trois anciens numéros de An Phoblacht/Republican News, l’organe du mouvement républicain à l’époque. On peut y lire les comptes rendus des funérailles, les discours, et prendre la mesure du choc causé par le martyr de ces 10 hommes en Irlande, et de l’étendue des mouvements de solidarité dans le monde. Par exemple on apprend qu’en Iran, en France, au Portugal, dans les pays nordiques, il y avait un impressionnant élan de révolte et de solidarité.

On découvre aussi à la lecture de An Phoblacht/Republican News qu’en 1981 une bombe avait été posée à Toulouse contre une institution commerciale britannique! Dans certaines villes de l’Est des Etats-Unis, les manifestations devant les consulats britanniques étaient massives et agressives. Dans les 26 comtés, l’agitation était massive, dans les 6 comtés la guerre du peuple battait son plein.

Aujourd’hui, les prisonniers républicains enfermés à Maghaberry font une grève de l’hygiène depuis des mois, ne se lavent plus et tapissent leurs cellules de leurs excréments, à l’image de leurs prédécesseurs dans les Blocs H dans la période 1976-80, pour la fin de la torture des fouilles corporelles, du régime punitif de limitations de leurs mouvements et pour la  restitution de leur “statut spécial”, reconnaissant de facto leur identité de prisonniers politiques-prisonniers de guerre, statut aboli par l’accord de Stormont en 1998, signé par les Provos.

Mais ni eux ni personne dans les différentes organisations républicaines ne souhaite en arriver à ces extrémités, à la mort en grève de la faim. Soutenons leur combat!

AP/RN du 9 mai 1981: ici.

AP/RN du 30 mai 1981: ici.

AP/RN du 08 août 1981: ici.

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